Du punch et du style


Il a le nez cassé des enfants des quartiers qui fréquentaient les salles de boxe. Faut bien se faire respecter. Dans sa voix, l'accent de Marseille, où «Riton», rentré du collège, écoutait sur son magnétophone les K7 de Renaud et des Beastie Boys. En 2005, à propos de son deuxième CD, SANS TAMBOUR NI TROMPETTE (produit par Zenzile), Bayon écrivait: «L'école Rit, c'est celle du "riddim" détaché du folklore; l'école flottante Jack Johnson ("as" surfer cinéaste hawaïen recyclé bluette "via" les coraux), la classe Pierre Schott (cajun reggae d'Alsace); l'école cool. Du ragga de garrigue fondant Brassens et Marley.» Bientôt quadragénaire, le regard du chanteur brille toujours du feu des grands voyageurs pour qui la liberté conditionne le beau. Momentanément exilé à 10.000 km de sa verte Méditerranée, Rit vient de sortir son cinquième album, WESTERN HIP-HOP, conçu sous les alizés dans une case en bois sous tôles. Le disque frémit de chevauchées, de mises aux poings nus, d'ambiances rodéo. Cet as de la gâchette qui tire et rengaine d'un seul geste, non sans avoir fait tourner auparavant son colt autour de l'index, devrait avoir son portrait punaisé dans les bureaux des programmateurs-radio. Multi-instrumentiste, parolier capable d'esquives et de feintes, Rit possède l'art du refrain qui fouette. Entre une pure leçon de tchatche (Western & Hip-Hop), un hymne ouvrier 2010 (Café clope), une série de jabs adressée aux sheriffs de la variété (Le Beat la Bass) ou une baston toute en punchlines (Rit Vs Riton), les morceaux de ce sceud***** s'égrainent en dix claquements de doigts.


Tout comme ce combat de légende qui opposa, le 6 avril 1987, Marvin «Marvelous» Hagler et Ray «Sugar» Leonard, la Brute contre l'Artiste. Douze rounds qui filèrent comme un seul. Cette nuit-là, l'impensable s'est produit: absent des rings depuis cinq ans, Leonard pique et, les bras baissés, tourne en souriant autour d'Hagler qui jamais ne parvient à le cadrer...
Oui, l'avenir appartient aussi aux esthètes.

Baptiste Vignol

Le site de Rit: lesitederit.com

Bel est Belin


Il a la voix boiseuse, et l'on compte peu de crooners en France qui cachent dans leurs cordes un tel instrument. La texture de ses textes, comme des bélinogrammes rédigés dans l'urgence, lui donne les traits d'un chaman qui chante. «La nuit envahit tout / Paroles / Poumons / Pays». Je répète: «La nuit envahit tout / Paroles / Poumons / Pays» (Pauvre grue). Mais un rai d'espérance fuse de ses climats inquiétants, quoique sensuels et fertiles en rêveries. Des étoiles nouvelles. Le quatrième volet de sa quête discographique approchera-t-il Bertrand Belin du graal? «Je vais te trouver / C'est certain / Tu ne peux pas être / Bien loin» (Un déluge). Si cette douzaine de chansons lentes et dansantes parfois inverse ce qui est ténèbres en clarté, le poète, lui, donne l'air du gars qui fait la planche à l'ombre douce d'un bosquet. «On nage tranquille / Loin des soucis / Par un bel après-midi...» (Peggy). En zoomant le chasseur d'images distinguera d'autres baigneurs méditatifs; leurs profils évoquent Dominique A, Dick Annegarn, Jean-Louis Murat, JPNataf... Doux Jésus, quel est donc ce bivouac? Derrière le point d'eau, une plaine aride.

Baptiste Vignol

Les fossettes du quotidien


Il faut être une sacrée bonne comédienne pour chanter avec tout son cœur, comme s'il s'agissait de L'Hymne à l'amour: «Chaque fois qu'elle va aux toilettes, c'est pas juste que c'est bruyant / C'est qu'elle laisse la porte ouverte comme si l'show était charmant...» (Soupe chaude). La faconde de Lynda Lemay a fait d'elle une artiste unique, nature et naturelle, à laquelle le grand public reste indéfectiblement attaché: si cette conteuse d'histoires (elle a reçu la Victoire de la chanteuse de l'année en 2003) a vendu en francophonie quatre millions d'albums en vingt ans de carrière, faisant sans tapage de l'Olympia son Théâtre des Arts (elle l'a bondé soixante fois, seule derrière le roi Bécaud), FEUTRES ET PASTELS, le treizième volume de sa discographie, sorti fin-septembre 2013, deviendra, c'est acquis, d'or avant Noël. Édifiant.
Une minute après que le CD a commencé, Lynda Lemay prévient: «J'vous remets mes chansons comme des feuilles d'examen / J'aurai jamais tout bon, j'ferai jamais tout bien...» (Je tourne, je tourne). Son génie est là, dans cette clairvoyance. L'album propose dix-sept tableaux, forcément inégaux, mais tous à leur place, où Lynda Lemay dépeint avec un trait lumineux les petits secrets, les failles, l'envers de nos vies, leurs travers, leurs joies et leurs obscénités. Chanteuse du quotidien. Au fil du livret, des pochades (Les petits et les grands), des fresques (Emmanuelle et le fils du roi du ciel), des aquarelles (L'Architecte), des tableautins (Le grand tableau vert), des portraits d'épouse trompée (Doux doux le méchant loup), d'amante désabusée (Reste avec elle) ou d'un homme mal accompagné (Soupe chaude). Outre son sens du détail, son art de la chute et sa voix claire qui ne bouge pas, toute en nuances, il serait grossier d'occulter les compositions de la guitariste qui, souvent, se déploient. Et puis, comme toujours chez elle, quelques pièces se détachent par leur exactitude. Cagoule où la Québécoise constate qu'«encore à notre époque / Même en plein Montréal», le racisme tisse sa toile. Quand j'étais p'tit gars, souvenirs d'un fils de sa mère, «Il n'y a pas de chansons plus belle / Que celle de ta voix qui m'appelle...». Le petit chalet de bois dont tout Christophe Conte doté d'un cœur qui bat rêverait d'être la muse... Cependant, trente-huit ans après Le Tour de l'île (1975) où Félix Leclerc priait ses concitoyens de prendre en main leur Histoire, c'est Attendre son pays que l'on encadrera, ni feutre ni pastel, mais franchement indépendantiste. «C'est un peu comme attendre le train / Qui nous attend lui aussi / C'est un peu insensé / D'attendre son pays».
Cette poignée de «tounes» parfaites sublime un disque enlevé, solide, coloré, et s'ajoute à la vingtaine qui ont déjà fait de Lynda Lemay une chanteuse obligatoire.

Baptiste Vignol

Allo, Sergio?

Sa voix basse et chaleureuse accompagna nos nuits blanches pendant vingt ans sur France Inter, étant souvent l'un des très rares, sinon le seul sur une antenne nationale, à converser avec des dizaines d'artistes méconnus du grand public mais précieux. Était-il d'une saugrenuité vague et déplacée de demander de ses nouvelles à Serge Le Vaillant?


- Serge, trois mois de nuits radiophoniques sans t'entendre. Comment te portes-tu?
Parce que tu es ami et que je me fixe une ligne de vie qui doit être honnête, je te dis la vérité. Ces derniers mois, j'ai connu de sérieux soucis familiaux concernant la santé de ma fille. Donc, les problèmes professionnels ont été relégués au second plan. Par bonheur, tout est rentré dans l'ordre. Il ne demeure que la persévérance de Radio France à vouloir se séparer de moi sans que j'en connaisse la raison. Jamais d'avertissement, pas d'explication, encore moins de conseil de discipline. Néanmoins, puisque les camarades Lavige et Dhordain faisaient également partie de la charrette, je suppose une reprise en main des émissions musicales libres et indépendantes. J'entends aussi la volonté de rajeunir et faire évoluer la grille des programmes. En vérité, ces arguments ne tiennent pas, puisque ce sont des rediffusions d'émissions de la journée qui m'ont succédé. Je suis un peu dans la situation de l'ouvrier qu'on licencie pour le remplacer par un robot. C'est très méprisant et cela vaut pour les auditeurs insomniaques ou de par le monde qui méritent un accompagnement réel. Sinon, le micro ne me manque pas. J'en ai mangé durant des dizaines de milliers d'heures toujours dans le souci de mettre l'autre en valeur. Ce qui me fait défaut, c'est la convivialité, l'adrénaline, la découverte ou les retrouvailles avec des artistes, l'énergie partagée avec mon équipe. Je ne me suis jamais senti propriétaire à vie de l'émission. Cependant, j'ai cinquante-cinq ans dont trente passés à France Inter. J'y ai acquis une expérience, des compétences et mon carnet d'adresses est blindé. Radio France est un empire de cinquante stations où quelques-unes de mes petites qualités pourraient être utiles, je crois.

- À ceux qui te demandent les raisons pour lesquelles tu as été viré, tu réponds: «Je ne suis pas viré puisque j'ai été requalifié en CDI par le Conseil des Prudhommes.» C'est quoi ce micmac ? 
En juin dernier, le Conseil des Prudhommes de Paris a ordonné ma requalification en CDI et la poursuite de mon contrat. Après une trentaine d'années de cachetons, je suis donc devenu salarié. Toutefois, Radio France conteste cette décision de justice et a décidé de faire appel. En attendant le prochain épisode dans un tribunal, je fais toujours partie de la Maison Ronde, je n'y ai pas d'activité professionnelle, je n'ai pas à m'inscrire à Pôle Emploi et ne peux chercher un autre travail puisque mon contrat prévoit une clause d'exclusivité.


- On ne t'entend plus mais tu rédiges sur ta page facebook des billets délicieux, des souvenirs, des anecdotes... Pourquoi ne pas en faire un recueil, plutôt que de les publier au vent d'internet?
Merci pour les compliments. Très vite, j'ai considéré les réseaux sociaux comme un supplément d'âme de mes émissions. Il y règne une vraie et saine liberté quitte, parfois, à en prendre plein la tronche. Myspace a longtemps été un terrain sympathique pour repérer de jeunes artistes. Sur Facebook, les rapports sont plus rapides et peuvent relever de l'intime. J'y ai des rapports directs avec les auditeurs. Lorsqu'en juin dernier, j'ai été menacé de licenciement, il s'est créé un mouvement extraordinaire de soutien. Un véritable tsunami de solidarité fraternelle. Des pétitions, des lettres expédiées jusqu'à l'Elysée, des dizaines de milliers de posts que je conserve soigneusement. Il me faudrait trois vies pour répondre personnellement à chacun. À défaut, j'écris ce que tu appelles mes billets. Chroniques, souvenirs, recettes de cuisine, hommage à des artistes. C'est une manière de partage. Pourquoi j'en ferai un bouquin? Je ne sais pas si ça a une réelle valeur littéraire et puis, ce n'est pas ma volonté. Je faisais de même pour mes textes dits à l'antenne. Je n'en ai pas fait de compilation. Une fois que c'était parti sur les ondes, cela ne m'appartenait plus. C'est cadeau. Si mes bavardages font sourire, je suis heureux. J'ai toujours eu des problèmes avec les mots argent et carrière.

- Quel(s) disque(s) écoutes-tu en ce moment?
Quand je suis seul et que j'écris, j'écoute du rock métal ou de l'Opéra. À l'heure où je te réponds, c'est Aïda. Sinon, toujours mêmes saucissons de mon adolescence. Pink Floyd, Genesis (période Peter Gabriel), Yes, Van Der Graaf Generator, King Crimson, Gong, etc... À l'heure de l'apéro, une compilation de Depeche Mode ou Chants dans la nuit de Roland Becker. Pour étonner ma fille et ma compagne, Ella Fitzgerald, Orelsan, Charlelie Couture, Bilit de Louis Arti, Wiliam Sheller, La Wally par la Callas, Quadrophenia des Who, Chet Baker, Magma. À chaque fois, avant de lancer le disque, j'explique le contexte, commente, tente de mettre en valeur certains éléments... Bref, je continue à faire de la radio. Comme un animateur qui n'écouterait plus la radio.

- Pas une station qui ne trouve grâce à tes oreilles?
Pour l'heure, je ne peux plus. Sinon Rires et Chansons en cas de blues dans la bagnole. Les camarades Jean-Louis Foulquier et Laurent Lavige ont souffert du même syndrome.


- «Quand reprendrez-vous l'antenne?» Celle-là, on doit te la poser tous les jours...
C'est une question à laquelle ce n'est pas à moi de répondre. Depuis la décision de justice en juin dernier, la balle n'est plus dans mon camp. Je vais radoter mais je crois avoir fait un vrai boulot de service public, sans démériter, durant trente ans. Neuf direction successives l'ont confirmé. Je conçois très bien qu'une grille des programmes doit évoluer et qu'il faut donner à des plus jeunes l'occasion de s'exprimer. Mais ce n'est pas mon cas, puisque ce sont des rediffusions de programmes de la journée qui m'ont remplacé. Programmes qui sont parfois animés par des producteurs plus âgés que moi. Je n'ai pas encore l'âge d'être à la retraite et, pour parler simplement, je dois encore gagner ma croûte afin d'entretenir ma famille. Je ne revendique pas mon retour à l'antenne dans les mêmes conditions que précédemment. Encore que cela ne bouleverserait en rien la grille des programmes et apporterait plus de considération envers les contribuables insomniaques. En revanche, je souhaite continuer à mettre mes compétences au service d'une maison pour laquelle j'ai donné énormément, malgré des horaires compliqués, souvent au détriment de ma vie sociale et familiale. Continuer de servir les auditeurs et les artistes. 

- Si tu devais évoquer trois ou quatre «grands» souvenirs, lesquels te viendraient à l'esprit?
La naissance de ma fille, ses premiers pas que j'ai filmés, ses réussites notamment le concours de Sciences-Po Paris; cette nuit-là nous avons réveillé tout un village breton, sa bonne santé aujourd'hui. Mais tu souhaites certainement des bonheurs professionnels. Ils sont tellement nombreux. La rencontre avec René Barjavel dont j'avais présenté les textes au bac et dont j'ai été le dernier ami. Avoir eu Pauline Chauvet et Poupoune Gandon comme collaborateurs. Avoir réussi, via les ondes, a trouver une école pour une petite môme handicapée. Avoir reçu des gamins qui s'appelaient alors Keren Ann, Agnès Bihl, Dyonisos, Bénabar, Camille, Bertrand Belin, Jeanne Cherhal, Loïc Lantoine, Karimouche, Albin de la Simone, La grande Sophie, Yves Jamait, Emily Lozeau, Pauline Croze, Mell, Clarisse Lavanant, etc. [dit d'une traite]... Avoir réussi à gagner ma vie en discutant simplement avec des  gens magnifiques. Mon pauvre Papa qui était ouvrier et qui gagnait moins que moi n'arrivait pas à le comprendre. Ouais, un miracle.

- Tu te souviens, Ricet Barrier? Bavarder avec toi me rappelle, là, va savoir pourquoi, sa moustache, son intelligence, sa drôlerie.
Cher Ricet... Dimanche dernier, nous sommes partis en balade. Il y avait un peu de route à faire, j'ai pris le double album en public de Ricet Barrier. Ma fille connaît le répertoire par cœur. Ricet lui téléphonait à la maison en se faisant passer pour le canard Saturnin quand elle était petite. Ma compagne ignorait totalement son existence. Il s'est produit quelque chose d'extraordinaire. À aucun moment, je n'ai été tenté de zapper une chanson. Tout est bon. Rien de faiblard. Un double album guitare-voix. Toute la palette des émotion. Et quel homme délicieux dans la vie...


- Y a-t-il un(e) artiste de la chanson encore de ce monde que tu aurais vraiment aimé avoir et qui n'est jamais venu dans ton studio?
Très peu d'artistes ont refusé de venir dans l'émission. Jackie Quartz peut-être... J'ai également eu un gros manqué avec Daniel Balavoine. Nous avions pris rendez-vous Porte de Versailles. Je suis arrivé en retard. Il était pressé de rejoindre le Paris-Dakar... Je n'ai jamais invité Johnny, j'ai essayé de recevoir Eddy. Ils n'avaient pas besoin de la lumière de mes petites étoiles. En revanche, je sais qu'ils écoutaient l'émission. Sinon, côté chanson, qui manque au générique...

- Sardou? Michel Sardou sur Inter, sous les étoiles, c'aurait été étonnant.
Sardou a été longtemps sur une liste noire à Inter. Enfin, rien d'officiel bien sûr. Mais, dès que j'en parlais, il y avait une levée de bouclier. Un jour, j'ai pris le taureau par les cornes, suis allé voir le patron de l'époque pour lui annoncer que j'allais recevoir Sardou. Déjà, il y avait un côté «je demande la permission»... Elle ne m'a pas été refusée. Si cela ne s'est pas fait, c'est finalement et surtout à cause du chanteur lui-même. Pourquoi viendrait-il sur une radio qui n'a jamais programmé ses disques? 

- Tu peux choisir, là, entre Brassens, Brel et Gainsbourg pour une interview en tête-à-tête.
T'es vache. J'ai la sensation que tu me connais bien et sais déjà la réponse. J'ai respiré le même air que deux d'entre eux. Brassens quand j'étais gamin en Bretagne qui m'avait donné du corned-beef, Gainsbourg avec qui j'ai mangé de la queue de boeuf. Malencontreusement, c'était sa période Gainsbarre et ce fut une soirée pénible. Brel, je ne l'ai jamais rencontré mais j'ai vécu des mois en sa compagnie pour écrire mon bouquin «L'éternel adolescent». Si je dois choisir entre les trois, je prends Léo Ferré évidemment. C'était un être magnifique, intègre et sincère. Je pense à lui chaque jour. Comme je pense à Bécaud, Nougaro, Salvador, Nino Ferrer, Francis Lemarque; avec tous je me suis retrouvé à la même table.


- Tu écris en ce moment. De quoi s'agira-t-il? Tu m'as dit, une nuit, vers deux heures du matin, devant la Maison de la Radio où nous en grillions une: «Si je ne pouvais faire qu'écrire, ce serait le bonheur.»
L'écriture est un refuge et un bonheur. En ce moment, j'essaye d'achever un roman qui serait dans la lignée de «La grande bouffe» de Ferreri et qui évoquera les rapports entre la gastronomie et le sexe dans une histoire déjantée. Le tout dans l'espoir de faire marrer le lecteur. Il n'y a que cela qui vaille. Apporter de la fantaisie et de la légèreté dans nos réalités.

(Entretien Baptiste Vignol)

Les spécialistes


Atroce rumeur ou grotesque vérité ? MAGNUM, la nouvelle grosse blague de Katerine dont deux extraits ont été dévoilés cet été doit, si l'on en croît son site officiel, être commercialisé le quatorze octobre, autrement dit dans sept jours. Face à l'étonnant silence radio entourant l'imminente sortie d'un disque de Katerine, on apprend en contactant son service de presse qu'elle est en fait repoussée au mois de janvier 2014. En effet, le chanteur moustachu se serait récemment aperçu que la majorité des chansons «produites» et «composées» par SebastiAn regorgerait de samples tirés à la diable dans de vieux discos méconnus. Mr Universal serait donc désormais contraint de payer tous les ayant-droits pour que l'Œuvre paraisse. Lesquels ne devraient pas trop se gêner pour sabrer le champagne. Sexy cool, quoi.

Baptiste Vignol

Oh l'ouragan


La charge sexuelle des textes du premier album de Lisa (prononcer Lissa) Leblanc portés par une voix dont la nonchalance et la sauvagerie sont sans égale aujourd'hui, que l'amplification des guitares et le claquement des cordes de la basse tenue sur le disque par Louis-Jean Cormier vêtissent à la perfection, permettent d'espérer qu'avec cette Québécoise, une nouvelle page du rock francophone est enfin en train de s'écrire. Treize chansons qui balancent et qui roulent des r, s'imposant toutes, ô miracle, dès la première écoute. Amples, farouches, écorchées, drôles, urgentes, frustes, colères, tendres et gourmandes. «Pas des tounes de fifille !» rigole l'Acadienne. «Vas-y jusqu'au boutte, finis-moi ça / Pis, câlisse-moi là» (Câlisse-moi là). Numéro 1 la semaine de sa sortie en mars 2012, disque d'or (40.000 exemplaires au Québec) en juillet, Lisa Leblanc gagnait en octobre de la même année le Félix de la Révélation. Elle concourra le 27 octobre 2013 pour décrocher celui de la meilleure artiste face à la reine Céline. Un séisme musical pourrait bien frapper la Belle Province, que ce nouvel hymne de la jeunesse québécoise aurait finalement annoncé: «J'ai pus l'goût qu'on m'parle de contes de Disney / Le prince charmant c't'un cave, pis la princesse c't'une grosse salope / Y'en aura pas de facile / P't'être que demain ça ira mieux, mais aujourd'hui, ma vie c'est d'la marde». (Aujourd'hui, ma vie c'est l'la marde). Jubilatoire. «Quand je pense que ça fait vingt ans que je m'épuise à placer mes textes, et que Lisa Leblanc va tout rafler grâce à "ça"...» Parole vraie d'un auteur désarçonné de constater que le charisme, l'énergie et la crudité auront toujours le dernier mot.

Baptiste Vignol

À l'aveuglette


«Cantat revient avec un titre d'une sobre gravité» titrait le Monde du 30 septembre 2013. Interprétée par n'importe quel autre chanteur, Droit dans le soleil, la longue et poussive mélopée qui signe le retour de Bertrand Cantat aux affaires, n'aurait, c'est certain, occasionné aucun écho... Son intérêt finalement sera d'avoir remis au goût du jour l'exercice collégien de l'explication de texte auquel n'a pas manqué de se plier le journaliste Stéphane Davet saisi «par la dimension autobiographique dont semble résonner le texte dès le premier couplet : "Tous les jours on retourne la scène/Juste fauve au milieu de l'arène/On ne renonce pas/On essaie/De regarder droit dans le soleil"»; la voix de Cantat, devine encore Davet, «rongée par l'inéluctable, évoque aussi le rayonnement des souvenirs amoureux: "Dans le parfum des nuits sans pareil/Et l'éclat des corps qui s'émerveillent/Ses lèvres avaient un goût de miel/On regardait droit dans le soleil".» Aveuglant; qui empêche de voir les choses lucidement. Demeure une question: quelqu'un qui écrase le cerveau d'une femme ne doit-il pas se faire oublier s'il a un reste de pudeur?

Baptiste Vignol