Le temps ne fait rien à l'affaire

Toujours pénible d'envoyer des tomates pourries sur une ambulance cabossée mais ce pitre de Fabien Lecœuvre a tellement lassé son monde avec « ses » bouquins soi-disant « officiels », mal écrits (par d’autres que lui) et truffés d’erreurs grossières qu’il faut hélas se réjouir de le voir s'être montré tel qu’il est, vulgaire, visqueux, d’un temps révolu, capable, en toute décontraction, de tenir des propos fascisants au nom d'un idéal, celui d'une beauté implacable, dont il affirme le pouvoir. À vomir. Quant au spécialiste de la chanson française comme il s’est autoproclamé, disons qu’il est inculte, opportuniste et cupide. Menteur aussi : un jour, lors d’une émission qui nous réunissait dans les studios parisiens de France Bleu, il affirma, tranquille, au micro, affalé dans sa suffisance, qu’il avait jadis, alors qu'il était un jeune attaché de presse, recueilli des confidences de Georges Brassens. Le tableau était tellement énorme que nous en étions restés bouche-bée de désolation. Brassens, la pipe aux lèvres, se confiant à ce niais de Lecœuvre… Mythomane le miso ! À donner le vertige. Bon débarras.

Baptiste Vignol 

 

 

Admiration

Difficile l’art des reprises quand il s’agit de standards absolus de la chanson française. Rares sont celles qui égalent les versions originales. Rarissimes celles qui les surpassent. Bon, soyons sérieux. Cherchons un peu... La chanson des vieux amants de Jacques Brel par Juliette Gréco sur le 33 tours FACE À FACE en 1971. Avec le temps de Léo Ferré par Jane Birkin au Bataclan en 1987, qui figure sur l'album live du même nom. En la découvrant, Ferré, séduit, dira croire « entendre une libellule »... La lecture glaciale des Mots bleus de Christophe et Jean-Michel Jarre par Alain Bashung sur la compilation URGENCE en 1992. Et puis après? Silence radio. Mais des marées de reprises convenables, trop souvent convenues, de Tribute to passables et de larmes grossières chez les jurés de The Voice. Sans doute faut-il pour s’élever à l’altitude céleste des géants de la chanson fuir toute sensiblerie en plus d'être touché par la grâce. Hier soir, mercredi 24 mars 2021, dans l’émission C à vous sur France 5, l’exquise et délicate Jeanne Cherhal, seule au piano qu’elle a dans le sang, a rejoint le clan de ces interprètes de légende en s'appropriant en direct, avec une finesse, un respect et une humilité exemplaires, Un homme heureux, devant son créateur qui plus est, William Sheller, qu’on vit à l’antenne littéralement saisi par cette version toute neuve. Comme quoi les chefs-d'œuvre laissent parfois de la place pour deux.

Baptiste Vignol

 

 

Ils ont coulé Barclay


1986, Claude Nougaro se voit remercier par le label Barclay mécontent des ventes du 33 tours BLEU BLANC BLUES sorti en avril 1985. Quittant la Butte Montmartre, le Toulousain prend le Concorde, vole sur New York et enregistre NOUGAYORK qui paraitra chez WEA en septembre 1987. L’album fait un malheur. S’écoulant à plus de 500 000 exemplaires, il décroche la Victoire du disque de l’année en novembre 1988, Nougaro raflant au passage le trophée de l’Artiste masculin. Il faut voir Nougaro interpréter Nougayork en arpentant tel un taureau la scène du Zénith de Paris devant le métier assis dont une partie l’applaudit la honte au front. Barclay était une enseigne légendaire fondée à la fin des années cinquante par un musicien, chef d’orchestre et compositeur qui la dirigera jusqu’en 1983. Pour avoir joué tous les rôles au sein de son entreprise, Édouard Ruault, alias Eddie Barclay, connaissait le prix du succès. Il y aurait un livre à écrire sur l’histoire de cette maison qui accueillit dans ses studios Charles Aznavour, Alain Bashung, Jacques Brel, Dalida, Diane Dufresne, Juliette Gréco, Jean Ferrat, Léo Ferré ou Michel Polnareff. Suivront Stephan Eicher, Khaled, Benjamin Biolay, Rachid Taha, William Sheller, etc., etc. Dans son numéro daté du 11 février 2021, Paris-Match révèle que Barclay a baissé pavillon, s’étant séparé « fin décembre » de ses vedettes au premier rang desquelles Vanessa Paradis «à la suite des ventes très décevantes des SOURCES paru en 2018.» L’histoire se répète. Mais Benjamin Locoge rassure ses admirateurs: «Vanessa devrait trouver sans problème un nouveau foyer pour ses chansons», annonçant illico que pour les autres victimes de cette charrette, ce seraient jours de dèche... Locoge se trompe de sujet et de cible. Il ne comprend rien à l’époque. Plutôt que de s’inquiéter avec une douteuse commisération du sort des artistes «qui se retrouvent à la rue», il aurait dû faire le job et se demander par exemple comment les dirigeants de Barclay (dont on aimerait connaitre l'envergure des salaires et des avantages, eux qui ne seraient rien, mais rien de rien, sans le talent des musiciens) ont réussi, depuis le départ de Pascal Nègre (qui avait fait d’Universal la première major de France), à dilapider le patrimoine d’une forteresse historique. Barclay s’est donc éteint dans le silence sans que cela n’émeuve grand monde. Serait-ce le sort de la chanson française? Imaginons Gallimard fermer ses portes dans l’indifférence générale...

Baptiste Vignol 

 

 

Bulle d'émotion

 
Qu’est-ce qu’une chanson? Une caresse, un coup de poing, un cri, un murmure... Une berceuse qui vous touche parfois. Une balade, qui vous émeut. Le quatrième disque de Camélia Jordana compte vingt morceaux. Ce qu'on appelle encore un double album. Peu d'artistes s'y risquent. Et c'est heureux. Car il faut tenir la distance. Sorti le 29 janvier 2021, FACILE & FRAGILE s’écoute gentiment. Les chansons qui le composent s'inscrivent bien dans l’air du temps. Elles ressemblent à leur époque. S'y fondent. Mais une se démarque et s’impose, par sa simplicité, sa légèreté de pétale et disons-le, sa poésie: Nos chansons. Peut-être reflète-t-elle ce qu’est au fond cette femme de 28 ans au plus près de son âme? Pas de pose ni de poing levé, pas d'acrobatie dans l’interprétation, pas d'esbroufe ni de contentement, mais une douceur de soi par laquelle Camélia Jordana parvient à faire sentir et respirer l'instant fugitif qu'elle dépeint. «Parce qu’avant nous, la vie me disait non / Que lorsque tout à coup, dans ta bouche il y a mon nom / Que sur mes épaules se frôlent tes baisers de coton / Alors sur ma peau, tu déposes une chanson…» Deux minutes et cinquante secondes caressantes comme des vagues. Il ne faut pas grand-chose pour qu'affleure une chanson, une musique mélodieuse, des mots justes, un peu de silence et tout est dit.

Baptiste Vignol