Pas si Rose que ça

Un visage de chat. Sa plasticité. Qu'on dirait s'être détaché d'une huile sur bois de Bartolomeo Montagna. La Vierge et l'enfant... Photo de Yann Orhan. Le troisième disque de Keren Rose est sorti fin février 2013: ET PUIS JUIN. Presque entièrement axé sur la naissance de son fils, à l'aube de l'été 2011. Un concept banal, peut-être, mais onze chansons attachantes, et réussies, parce qu'apparemment très sincères, au plus près de leur parolière et de ses incertitudes douloureuses. Revue de détail.


Plus que de vendre des disques, elle connaît déjà - son premier album qui contenait La Liste et Ciao Bella vécut cette apogée («J'en vendais 20.000 par semaine, et je ne le disais pas, j'avais honte...») -, Rose souhaiterait devenir «populaire». L'un va mal sans l'autre. Avec Aux éclats je ris, elle vise juste puisque cette chanson d'ouverture au titre fallacieux donne envie de la consoler. «Ce soir j'ai pas l'moral / C'est comme ça qu'on dit...» Au poil pour élargir son public. Toujours lui laisser croire qu'on est triste et célibataire. 
Sauf que dès le deuxième morceau, Mais ça va, la chanteuse, de sa voix séduisante et râpeuse, relate combien son ciel s'est éclairci. Aïe. «Et puis un matin, on sait pas pourquoi / On sait pas comment / Mais ça va.» Ça sent le mâle en faction... 
Et patatras. Le troisième, J'aime (pas), sonne comme une déclaration. Rose est amoureuse. Mais grave! Éprise et jalouse. «Faudra même plus que tu travailles» intime-t-elle : «J't'en donnerai moi du boulot / Tu t'occuperas rien que de ma peau.» Recherche-t-elle des stagiaires?
Puisqu'il en va de la nature des choses, il fallait au scénario un enfant. Le sujet d'Et puis Juin. L'En cloque de Keren. Co-composée par Séverin, pour dire que la mélodie tourne rond. Mais la perle du disque s'intitule C'est donc rien. L'histoire - car ces chansons en racontent, leur côté Souchon- d'éphémères retrouvailles avec une personne jadis adorée et dont il ne reste goutte. Pas sûr que l'ancien compagnon la fredonne sous sa douche.


Les filles sont des garçons bizarres, chantait Élisa Point. «Compliquées» ajoutait Élisabeth Anaïs : «Tu sais l'amour n'est jamais simple / Pour les filles compliquées...» (Les filles compliquées, 1991). Je me manque, donc, concerne le tourment féminin. Comment souffrir autant quand est jeune et jolie, fiancée, amoureuse et mère épanouie? Question de magazine. Co-composée avec Loane, pour dire que la mélodie vole bien. 
Keren Rose, née à Nice en 1978 (pour mémoire, cette année-là, l'OGC Nice de Dominique Baratelli perdait en finale de la coupe de France de football contre l'AS Nancy Lorraine du jeune Michel Platini), se serait donc pris Les pieds dans le bonheur. Formule heureuse pour rappeler qu'à côté de ce que l'on nomme la félicité («La félicité est le bonheur qui paraît complet, et qui s'annonce comme permanent pour ainsi dire», Étienne Pivert de Senancour, De l'amour, 1806), le chagrin se tapit, attentiste. Comme l'affirmait Pascal Sevran, qui ne croyait pas si bien dire: tous les bonheurs sont provisoires...  Sans dèc.
Sinon, Rose, ancienne professeur des écoles - heureux bambins qui eurent le temps de tomber amoureux de leur maîtresse -, démontre qu'elle n'a pas volé son diplôme. «Je me suis fait avoir comme une bleue...» Juste. Pas d'accord du participe passé dans ce cas-là. Bien que la règle soit discutée, elle n'en est pas moins admise. 
On dit, huitième chanson du CD, la deuxième pour Solal, son enfant. Et l'on songe à Pierrot ou à Mistral gagnant. Décidément, Renaud...
Avec Jamais Paris ne me laisseIl m'a conduite à la chapelle / C'était la fin des bonnes nouvelles / Il a pris la porte, et les lilas / M'laissant des tuileries sur les bras»), Rose se lance dans une énième ode à Paname, à base de stations de métro. Exercice de style dont Pierre Perret conserve le pompon (Bercy Madeleine, 1992).
Certaines chanteuses ne disent rien d'elles quand elles écrivent sur leur Raymond, et cela rend leurs chansons caricaturales. Rose, pour évoquer son mec, ne parle que d'elle («Il m'appelle ma puce, ma beauté / Ma dingue, ma pin up, mon poney / À cause du bruit de mes talons / Claquant bancals sur le béton» (Mon homme). Et ça rend sa chanson charmante. Élémentaire. 
Fallait-il pour clore cet album et contredire sa pochette biblique une chanson peccamineuse? Dans Comme si c'était demain, Rose confie s'être parfois entichée «d'inconnus qui lui ébouriff[ai]ent l'orgueil de leurs regards alanguis». Se méfier des Niçoises. De quoi s'agit-il? De quelque peccadille. Mais l'on se dit quand même qu'il devait être grisant de fréquenter les coins obscurs de ses titubations, et de s'y faire envoyer sur les roses.

Baptiste Vignol

Le cœur Maissiat



Des lunes que l'aire des variétés n'avait pas été transpercée par des mélodies ailées aussi majestueuses que l'essor d'un aigle, et dont l'immédiate accessibilité les rend divinement populaires. Façon Daho à son meilleur. TROPIQUES, premier album d'Amandine Maissiat, foisonne d'envolées sauvagines dont les refrains semblent avoir été conçus pour s'entonner debout, les bras en croix, sur une plage d'Unguga à l'heure orangée du couchant. Dompteuses, épidermiques, chargées d'orages. Oui, les rivages de la chanson française proposent encore des tropiques de rêve, des grèves de sable fin, bordées de cocotiers ou de forêts humides débordantes d'orchidées. Fauve.

Baptiste Vignol

La télé veut ta peau, par Vincent Baguian



La mode est à l’élimination. L’exécution publique de candidats fait de l’audimat. Alors, quel que soit ton domaine de prédilection, les producteurs de télé trouveront bien un moyen de te faire disparaître. Il faut te battre, aller jusqu’au bout, dépasser tes limites, gagner ou tout perdre… L’humiliation sera ta sanction. Devant des millions de spectateurs impitoyables, tu seras renvoyé chez toi. Retour à la case départ. Pauvre quidam ! L’anonymat auquel tu voulais te soustraire t’engloutira à nouveau. Pauvre vedette en mal de notoriété ! Avale cet insuccès qui t’avait fait accepter n’importe quoi ; de danser avec d’autres soit disant stars ou de plonger de dix mètres, toi qui n’aimes pas l’eau et à qui le maillot de bain cause tant de disgrâces. Adieu les feux de la rampe, la célébrité que tu touchais du doigt. Terminée l’ovation des foules peu sentimentales. Tu peux également faire une croix sur les X milliers d’euros que tu visais et qui allaient te permettre de réaliser tes rêves. Fin des festivités, ta mort médiatique a été prononcée. Un animateur, la mine compassionnée, viendra recueillir tes derniers mots. Oui, tu pleureras en public, de tant décevoir ta famille, tu sangloteras impudiquement de tant te décevoir toi même. Le verdict est tombé, ta performance est jugée insuffisante, tu dégages ! Pas assez de coups de téléphones surtaxés, le désamour des téléspectateurs te vaut l’exclusion. Pouces vers le bas, on t’a assez vu ! Il ne doit rester qu’UN survivant ! Voici les jeux du cirque.
- Tu Cuisines : Flop chef !
- Tu Chantes : « Voice » Populi
- Tu fais de L’Humour : On ne demande qu’à t’éliminer
- Tu Plonges : Coule !
- Tu Danses : Valse !
- Tu Voyages : Pékin Moyen Express
- Tu veux survivre sur une île déserte: Meurs !
Les «Empereurs» de la production pourront-ils encore longtemps invoquer que ce petit jeu de gladiateurs des temps modernes est sans danger ? À voir la «Chanson» réduite à de sempiternelles reprises exécutées lors de Battle «Karaokéturales», il avait fallu se résoudre. Aux verdicts de Jurys aussi indiscutables que leurs œuvres, il avait fallu se soumettre. À se régaler de voir celui-là partir que l’on n’aimait pas, à fulminer de voir éliminer celle-ci qu’on adorait, nous avions pris le pli. Au lieu de succomber à l’élégance du plongeur qui frôle la perfection à force d’entrainement quotidien depuis tellement d’années ; au lieu de frissonner à la voix de celui qui chante l’humanité en refusant de combattre ; au lieu de nous élever au génie de ceux qui poétisent, qui inventent ; au lieu de tout ça de bon… Il nous fallait des victimes et des sacrifices en direct.
Les seuls véritables gagnants de cette messe macabre sont à coup sûr les producteurs, animateurs, jurys reconduits pour les saisons prochaines du jeu de massacre. Bourreaux royalement rétribués pour l’exécution de sentences impitoyables qui coupent la tête tout net aux rêves et aux ambitions. Pour cette tâche incommodante, ils décrochent la timbale à chaque fois. Sous nos yeux ils étaient parvenus à utiliser l’art, tout en tuant l’essence même de ce qu’il doit être. Les «Endemols» en tous genres avaient réussi aussi à se dédouaner des dégâts collatéraux, suicides, dérives, dépressions graves d’anciens candidats, invoquant des fragilités antérieures aux passages télés. Et cet aveu d’irresponsabilité chronique qui consiste à jeter en pâture des personnes inadaptées au choc que constitue l’exposition médiatique n’avait pas soulevé notre colère. Pour que le spectacle perdure !
Le système vient de faire deux nouvelles victimes. Indiscutables celles-ci ! Dont un médecin, ce qui est un comble puisqu’il aurait pu demain nous sauver ou sauver nos enfants. La mort d’un médecin c’est encore pire, il emporte avec lui combien de vies qu’il aurait pu épargner? Il est à parier que bientôt, avec le temps, quand sera dissipée la stupéfaction, l’émission reviendra. Encore plus forte, plus attractive grâce à cette publicité qui en fait «l’émission où l’on risque de mourir pour de vrai». Une notoriété qui profite sans doute déjà à des « Koh Lanta » étrangers, diffusés dans des pays où les victimes françaises semblent plus lointaines et sont donc moins impliquantes. Le fait divers et le goût du sang sont alléchants.
Si on continue comme ça, tapez 1. Si vous voulez les éliminer, tapez 2.

Vincent Baguian

Entre Béranger, Leprest et Renaud, Thomas Pitiot



Son nom? Thomas Pitiot. Les férus de Chanson lettrée savent qu'il en est un épatant rejeton, qui fleurit dans le silence. Le souffle chaud de ses couplets n'a pas encore balayé les bureaux calfeutrés d'Emmanuel «Moi Je» Marolle (Le Parisien) et de Benjamin Locoge (Paris Match) qui manquent cruellement d'oreille. Pourtant, ce type-là devrait être une star, un mec dont les paroles pèsent. Macache. Libertaire, Pitiot trace son chemin, fuie les paillettes, ayant refusé tout embrigadement chez les grands labels du système qui auraient pu limiter sa liberté, ses envies. Ne jamais abdiquer. Quitte à louper le grand public... Parce qu'il est un Africain blanc, Thomas Pitiot chante avec du soleil dans la voix, malgré des refrains pleins d'effroi, parfois. La justesse des mots, la qualité de l'interprétation, la chaleur des mélodies, l'aisance scénique. Rien ne lui fait défaut. Pas même le profil séduisant, l'instinct nomade du guerrillero. Son cinquième album vient de paraître, TRANSPORTS PITIOT PÈRE & FILS. Il y chante avec son paternel, Gérard, que les mordus connaissent également - il a mis en musique et enregistré des poèmes de Desnos, d'Éluard, de Senghor.
Un vidéo-clip sur le Net propose un premier extrait du CD : Walou (à regarder ici). En deux minutes et vingt secondes, Thomas Pitiot déploie davantage de bonté, de poésie, d'élévation que toutes les chansons réunies des Julien Doré, -M- et Christophe Maé. Waouh.

Baptiste Vignol

Signé Kisling

TOUT M'ÉCHAPPE est son quatrième disque (sorti en Suisse, le CD sera commercialisé en octobre en France). Un trésor de chansons complexes parfois, riches, à l'étonnante pureté. Jérémie Kisling devra-t-il se contenter d'être un nouveau David McNeil, genre de grand méconnu? Né en 1976, il n'a pas encore tout à fait l'âge de Serge Gainsbourg quand il rencontra le succès. Raison d'espérer. Quoi qu'il advienne, le chanteur suisse fait incontestablement partie des cracks de sa génération.



1.Je veux tout avoir (3'06). D'emblée, la voix. En caoutchouc. Sa «signature vocale» comme on dit désormais dans les jurys télévisés pour parler d'un timbre singulier dont on reconnaît immédiatement l'identité. Une chanson inspirée par le sort des gamins englués dans leur écran. «Et plus je joue, je joue, et plus je m'ennuie...» Ça n'est pas ainsi que _J. _K. séduira les 15-25 ans qui pour la plupart écoutent des clones auxquels ils s'identifient. Mais Kisling s'en tape. Il n'a rien d'une imitation.
2.Ce monde avance (3'35). L'authenticité (pour laisser le mot sincérité tranquille, comme disait André Gide... Bon, bien) paraît être l'objectif que s'est fixé le Lausannois. «Pourquoi décrocher la lune? / Elle est très bien là où elle est.» La sagesse du surdoué qui, à trop chanter dans le désert, a finalement admis la vanité de lutter contre les contrefaçons.
3.Je ne suis pas de celles (3'12). Décoction d'un vieux titre de Bénabar, Je suis de celles (2003), qui put faire penser un instant que Bénabar était un auteur prometteur.
4.La vie est ailleurs (2'48). Combien de millions de noyés, visage fondu dans la torpeur, se demandent chaque jour : «Je sens tout au fond de moi / Que la vie est ailleurs»? Une bonne chanson, c'est aussi dire qui nous sommes et où nous allons.
5.Le fil du jour (4'20). Sur son précédent album, ANTIMATIÈRE (2009), Kisling s'offrait un duo avec Emily Loizeau, Nouvel horizon. Ici, c'est Jeanne Cherhal qui l'accompagne. Quand deux voix précieuses s'entremêlent, ça donne de la dentellerie.
6.Le monde passant (3'06). Le chef-d'œuvre qu'un Brassens 2013 aurait pu signer. Est-ce par hasard d'ailleurs que Kisling plante ainsi son décor : «Pas un bruit dans la rue Saint-Georges / Pas un geste, sur mon dos juste / L'air froid des regards qui fuient»? Le troupeau des sans-cœur. L'égoïsme et la peur. La lâcheté... Une peinture au rasoir des villes déshumanisées.
7.This is your home (1'52). Kisling au piano. Des paroles en anglais + une mélodie arc-en-ciel = une pépite sur laquelle dans un monde normal des milliers de gens en concert devraient sortir leur briquet. (A-parte : Alain Bashung, raconte Gérard Manset dans «Visage d'un dieu inca», n'évoquait jamais le mot public quand il parlait de la foule, mais disait les gens. Plus élégant. Moins égoïste.)
8.Le retour du pirate (2'59). Devenu populaire, Brassens refusait de travailler plus de trois mois par an: «Pour ne pas thésauriser. C'est très embêtant d'avoir de l'argent.» Kisling, déguisé en pirate, «ne fait peur à personne, mais [il] thésaurise les bouées.» Si le verbe est dans la phrase le mot essentiel, celui-ci, sauf erreur, même Tonton Georges, expert en tournures savantes, parvint à ne pas l'employer. Chapeau.
9.Un cœur en papier (3'27). «Les poings ne font point de caresse», c'est sûr. Souvenez-vous, Vilnius. «La foudre a frappé / Et le cou d'Aphrodite a plié»... Déesse de l'amour, des plaisirs et de la beauté. «Le temps que mes yeux se redressent / Le temps que ton ombre s'affaisse / [...] Plus rien n'est déjà comme avant.» Glaçant. «La vie m'a donné / Un cœur en papier / Qui brûle à l'orage levé.» Oui, et après? Que Jérémie nous pardonne, mais certaines chansons, quoi que parfaitement écrites, sont sujettes à d'infernales interprétations...
10.Le lierre et les rosiers (1'46). D'autres chansons sont par essence verrouillées, épineuses, difficile d'accès, mais leur poésie demeure où elle s'attache, exhalant un parfum entêtant. Comme le lierre et le rosier.
11.Tout m'échappe (3'23). «Quand une fille traverse ma place de jeux / J'ai des feux de détresse à la place des yeux / J'ai peur que mes charmes ne fondent / Que les heures se changent en secondes / Que tout m'échappe, et ça, ça m'atteint.» Rideau.

Baptiste Vignol

La chanson folk de Fredda

À travers les fentes des persiennes de notre si chère Variété, il faut parfois regarder ce que les médias prennent soin d'occulter. Parmi les artistes dont on prive l'air au public, la chanteuse Fredda qui sortait il y a quelques mois, son troisième disque, L'ANCOLIE (2012). Une voix dont le joli timbre porte des mélodies justes et naturelles comme on pouvait en entendre, jadis, sur les 33 tours d'Anne Vanderlove, de Marie Laforêt ou d'Isabelle Mayereau. Élégant. Frédérique Dastrevigne répond ici à quelques questions naïves nées pendant l'écoute d'un recueil séduisant.


«Fait si chaud l'été à Morin Heights...» En suivant quel parcours découvre-t-on Morin Heigts?
Fredda - Par des vacances en famille chez des amis au Québec à Montréal... Puis direction un chalet dans les Laurentides à Morin Heights justement : station de ski en hiver, chaleur et paysages flamboyants en été. Un havre de paix où le mot amitié prend toute sa signification et où l'on a envie de chanter des chansons.

«Chaleur en été»... Sensation principale décrite dans Y fait chaud de l'Acadienne Lisa Leblanc (« Croire qu'y en a des fous qui pensent qu'on vit dans des igloos / Y fait chaud / Ostie qu'y fait chaud !»). Connaissez-vous la chanson québécoise?
- Oui, celle des années quatre-vingt surtout, mes premières vacances là-bas : Harmonium, les Colocs, Beau Dommage et plus tard, Daniel Lanois avec Jolie Louise, une chanson «franglaise» tendre où l'on le retrouve la double culture de ce pays.

Morin Heights est co-signée avec Marianne Dissard.
- Marianne est une artiste française qui vit à Tucson aux États-Unis. On se connait depuis quatre ans. On s'est connectées par mail la première fois en 2008 via le label allemand que l'on partage "le pop Music". J'ai eu un coup de cœœur pour son premier album L'ENTREDEUX, un beau mélange de chanson et d'«americana», et pour son écriture tendue et sensible. Puis nous nous sommes revues pour des concerts à Paris, à New York, mais c'est à distance, chacune chez nous que nous avons collaboré à l'écriture. Les formules, dans Morin Heights, «Fait si chaud, fait si beau» c'est elle !...


Vous avez chanté à New York?
- Sublime expérience. Nous avons joué avec Pascal Parisot, invité également, à l'occasion d'une exposition au MOMA sur Henri Matisse, d'où l'écriture de la chanson Fenêtre à Collioure. L'expérience s'est faite devant un public de musée, international! C'était très drôle en fait. Je reviens justement d'une tournée américaine qui s'est faite cette fois dans les clubs et au festival South by southwest à Austin (Sxsw), c'était beaucoup plus roots. Là-bas, on branche les guitares et on joue, c'est une bonne école pour la scène.

Vos paroles évoquent des voyages. «Tous ces noms de pays lointains» dites-vous par exemple dans Journal intime, deuxième morceau du CD. Intimes, vos chansons le sont-elles?
- Oui, elles le sont dans cette album, même si elles ne sont pas forcément autobiographiques, à part Morin Heights. Journal intime est un hommage à l'écriture d'un journal intime, genre littéraire que j'affectionne. L'album est inspiré aussi par le Romantisme, et nombreux sont les auteurs poètes romantiques qui ont publié un journal.

Il ne me reste (vous en avez fait un clip) traite du besoin de donner la vie, dont La Grande Sophie a fait un chef-d'œuvre, Peut-être  jamais (2012)...
- Oui, je l'ai écoutée récemment ! C'est un thème que les femmes peuvent aborder aujourd'hui. Pour ma part, je l'aborde de manière spécifiquement féminine en insistant légèrement sur l'horloge biologique.

Puis encore le voyage («J'en ai vu du pays / Franchi bien des frontières...») dans L'Ancolie, chanson de commande écrite et composée par Bastien Lallemant. Pourquoi avoir donné son titre à votre album?
- «L'anémone et l'ancolie ont poussé dans le jardin où dort la mélancolie entre l'amour et le dédain. Il y vient aussi nos ombres que la nuit...» C'est d'Apollinaire. «La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé» disait encore Gérard De Nerval. Ancolie rime avec mélancolie, et c'est plutôt ma référence. L'album est mélancolique, contemplatif. Le paysage est très présent également. J'aime cet état émotionnel.


Est-il vrai que vous avez imposé ce titre à Bastien Lallemant avant qu'il n'écrive la chanson?
- Oui, c'était la seule contrainte. Et Bastien est parti sur le thème de l'éloignement.

«On a connu mon amour / Le décor et son envers» (Pas de jour). L'occasion d'évoquer l'envers de votre disque, les musiciens qui vous accompagnent, parmi lesquels Mocke et Pascal Parisot.
- Mocke, avant d'être le guitariste de Arlt, est le compositeur et l'auteur du groupe Holden dont il a réalisé plusieurs albums. Ce sont tous ses ornements artistiques et guitaristiques dans les disques d'Holden qui m'ont donné envie de le solliciter. Mais Mocke est avant tout un ami qui était là quand j'enregistrais L'ANCOLIE, tout comme Pascal Parisot. Les choses se sont faites ainsi avec les gens, les amis présents du moment.

Les flots bleus. Chanson balnéaire.
- Son point de départ est un extrait des correspondances de Flaubert, alors qu'il suivait une cure au bord de la Méditerranée. Je m'en suis sentie proche car je n'arrive à me ressourcer vraiment qu'au bord de la Méditerranée.

Comment ne pas songer à Matisse, effectivement, mais aussi à Braque ou Derain en écoutant Fenêtre à Collioure, que vous avez donc écrite pour votre performance au Moma. Vous y évoquez «la mer baignée de lumière»...
-Oui, moi j'ai choisi la chanson, la narration. Je suis trop contemplative pour peindre et trop mauvaise en art plastique! Je préfère observer, sentir, écrire et jouer de la guitare.


Pourrait-on en savoir plus sur la chanson Vatanen?
-Eh bien lisez «Le lièvre de Vatanen» d'Arto Paasilinna. C'est un clin d'oeil ! 

Et sur le chevalier Constant?
-Constant, au départ, c'est mon arrière grand-père paternel, émigré en Californie en 1898, naturalisé américain et devenu garçon vacher. Après, la chanson, c'est une fable au milieu des grands paysages du Nevada, l'occasion d'évoquer ces plaines ocres américaines.

Rugir Noël vient compléter une liste sans fin... Entre, disons, Joyeux Noël de Barbara, Noël à la maison de Jean-Louis Murat et Petit Papa Noël de Tino, laquelle choisiriez-vous?
- Je choisis la chanson de Tino ! La seule que je connais.

Présentez-nous Yvan Hiot, l'auteur de Fleur d'ennui.
-Yvan est un ami, co-auteur de mon album précédent, MARSHMALLOW PARADISE. Il a lui-même sorti un très bel album de chansons, L'HOMME INVISIBLE, en 2001. Il est dans la continuité de mon parcours.


Little Brats, enfin, est interprétée par Lou Parisot à qui vous dédiez ce CD. Que ressentez-vous quand vous lisez être une artiste discrète?
- Lou est mon invitée sur cette chanson qui parle d'enfance, l'album est dédié à Lou et Charlie-Rose, mes deux filles. Quant à la discrétion, elle est l'apanage des gens non connus. J'espère que ça va changer.

(entretien Baptiste Vignol)

Rose fanée



Soyons sérieux, aucune maison de disques ne miserait un euro sur une inconnue lui présentant Mon Raymond. Pourquoi? Parce que cette chanson ne vaut pas tripette. Arrangements dépassés, mélodie émoussée, paroles fastidieuses, fades et niaises, interprétation pâlichonne. Tout y est toc, jusqu'au faux rire final. Le premier single proposé par Barclay, Chez Keith et Anita, sonnait comme du sous-Didier Barbelivien, Mon Raymond comme un mauvais Pierre Perret. En parlant des autres, Carla Bruni ne dit rien sur elle. Dès lors ces chansons présentent peu d'intérêt. Et pourtant il en est encore qui louent son savoir faire, quand ils le persifleraient dans la voix d'une imitatrice. Les gars, ressaisissez-vous et défendez davantage les artistes qui triment et galèrent à se faire entendre et donc à gagner leur vie. On annonce maintenant une autre chanson, Le Pingouin, dont l'objet serait de ridiculiser François Hollande. Chimère. Il est pourtant fort malvenu de railler le physique des gens, non?

Baptiste Vignol