L'amère Pascale


Décidément Pascale Clark est insupportable. Ses questions tendancieuses, ses minauderies un peu grasses tenant davantage du rond de jambe hypocrite, ses petits rires entendus... Ce matin, 19 juin 2012, pour prendre le micro sur France Inter, et vanner - c'est aussi ça le style Pascale Clark - Patrick Cohen qui lui passait l'antenne, la journaliste le soupçonnait, avec  sa condescendance coutumière, d'aimer... Annie Cordy et Les Frères Jacques! Pascale Clark, en effet, engoncée dans ses certitudes quelque peu étriquées, ne peut que mépriser une chanteuse populaire comme Annie Cordy, à propos de laquelle Paul Guth en son temps écrivait : «C'est peu de dire que vous brûlez les planches, vous les calcinez... On a envie d'appeler les pompiers, de vous acclamer à coups d'extincteur.» Nul besoin cependant d'encenser Paul Guth, Annie Cordy reste appréciée des meilleurs... Mais pour ce qui est des Frères Jacques, le jour où, Pascale, comme eux, vous inspirerez l'admiration de personnalités telles que Francis Blanche, Georges Brassens, Raymond Devos, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Jacques Prévert, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Charles Trenet ou Boris Vian, vous repasserez. Railler sur leur âge des artistes dont on n'aura jamais le rayonnement, c'est à peu près aussi minable, Pascale, que de vous reprocher, par exemple, de ne pas avoir le physique de votre voix.

Baptiste Vignol

Mister McCartney


Soixante-dix balais aujourd'hui. Mais toujours dans le vent. «Et les chansons de McCartney, dis-moi, dis, tu t'en souviens?» chantait Alain Souchon dans Londres sur Tamise en 1974. Avant lui, Michel Delpech avait fredonné Et Paul chantait Yesterday (1970), tandis que Christophe, en s'adressant au frère jumeau de Macca, baptiserait un morceau à l'intrigue frappadingue : Merci John d'être venu (1976). Que de refrains consacrés aux Fab four depuis Je préfère naturellement de Serge Gainsbourg par Dalida en 1966 qui leur était toute dédiée... «Lennon est mort» en 1980, et Barbara Carlotti le rappelle dans Nuit sans lune sur son dernier CD L'AMOUR, L'ARGENT, LE VENT. Harrison n'est plus. Ringo bouge encore; la Grande Sophie lui a consacré une chanson, Ringo Starr, en 2003. Et McCartney continue d'émerveiller la planète. Voir un concert de Paulo fait partie des événements d'une vie. Cela m'est arrivé à plusieurs reprises, dont une, en 1993, dans un cratère qui borde Auckland en Nouvelle-Zélande. Nous étions 50.000 sous les étoiles, et ce souvenir demeure inoubliable.
En ce jour anniversaire, l'Anglais Paul Weller propose sur la toile un cover de Birthday.


En France, Jeanne Cherhal a posté sur sa page facebook l'adaptation d'un morceau oublié, Temporary secretary, paru sur le 33 tours MCCARTNEY en 1980. Ce single dont le texte pastichait celui d'une offre d'emploi, McCartney le sortit uniquement en maxi 45 tours, dans une édition limitée à 25.000 exemplaires. L'art de choyer - et de frustrer en même temps, vu leur nombre - ses fans.


De leur côté, Ours et June publient un clip rigolo, simple et malin, Please Mr McCarney. Coiffés d'une perruque à la Paul, Charles «Ours» Souchon et Julien «June» Voulzy supplient leur idole, une Hofner dans les mains, de les inviter à venir jouer de la basse avec lui dans son château en Écosse. Brillant et bien accordé!
Rendre hommage, c'est risquer d'être pompeux, prévisible, poussiéreux. La musique de Paul McCartney aura semble-t-il assez marqué ses admirateurs pour qu'ils soient, quand ils le fêtent, à son image, légers, pétillants et inattendus. Thank you Sir.

Baptiste Vignol

Envahissante Carlotti


Cannes, quelle rigolade. Lana del Rey qui monte les marches... Franchement! Denisot et sa bande, tellement satisfaits. Le public hurleur. Les lunettes noires de rigueur sur le nez des présentateurs. La vacuité d'Ariane Massenet. Et Beigbeder, c'est sa place, porte-micro? À se prosterner, le geste est éculé, donc ridicule, devant Bill Murray (qui, au passage, ressemble de plus en plus à Maxime Le Forestier, à moins que ce ne soit l'inverse). Heureusement, Leos Carax, tout en décontraction, et Kylie Minogue, visiblement heureuse d'avoir trouvé, avec le cinéma, une nouvelle avenue, ont semé un zeste de magie sur les marches du Palais... Une ascension dont Barbara Carlotti avait déjà chanté, en 2006, la décadence: «Où sont donc passées les starlettes?/ Qui sont ces salopes en goguette?/ Le malheur sur la Côte d'Azur/ C'est que jamais rien ne dure.» (Cannes)
Barbara Carlotti justement. Elle vient de sortir son troisième disque, L'AMOUR, L'ARGENT, LE VENT. Vous désirez offrir un album de chansons à un(e) ami(e) non francophone pour qu'elle voie à quel pic d'élégance la variété française peut encore planter son micro? Ne cherchez pas plus loin. Mode d'écoute: se laisser caresser par la voix de Barbara Carlotti - la plus stylée du pays ?-, aussi douce qu'un ongle, distinguée, naturelle et glamour, désinvolte aussi, avec une pointe d'autorité qui en impose. En un mot, classe! Et déborder par les douze chansons du CD.
1.L'amour, l'argent, le vent (3'05). Écrite au Brésil après que la chanteuse se soit faite dépouillée sur le sable d'Ipanema par des gosses descendus d'une favela. Tous les Cariocas vous le diront, on va se baigner, à Rio, et prendre le soleil, simplement munis d'une serviette de bain, quelques billets dans la poche, sans bijoux, sac à main ni téléphone. Élémentaire, chère Barbara! Mais le souffle chaud du morceau ramène, et c'est fortiche, celles et ceux qui ont foulé la marqueterie blanche et noire do calçadão à Rio de Janvier, la ville dont on tombe amoureux.


2.«Les ruines d'une maison/ Se peuvent réparer: que n'est cet avantage/ Pour les ruines du visage!» C'est du La Fontaine, sûr, mais ça donne une idée du thème de J'ai changé (3'13), fredonnée avec le sourire.
3.Dimanche d'automne (3'22). Quand les chanteuses ont la haine. «Et toi tu couches avec cette conne...» Après Madonna qui veut coller une balle dans la tronche du gonze qui l'a trompée (Gang Bang), Barbara Carlotti! Qui précise, presque désolée: «Oh! Je n'ai jamais tué personne», mais «la jetterait bien», cette pouffe, «dans la Seine», à moins qu'elle ne lui «grave son nom sur le front»! Barbarella.
4.Grande autoroute (4'09). Un peu de Saint-Exupéry: «Si les insomnies d'un musicien lui font créer de belles œuvres, ce sont de belles insomnies» (Vol de nuit). Une chanson sur l'insomnie, donc, trente ans après l'indépassable chef-d'œuvre (Les insomnies) d'une autre Barbara.
5.Occupe-toi de moi (2'35). Deux-minute trente-cinq de candeur.
6.Ouais Ouais Ouais Ouais (3'11). L'art de sophistiquer cette altération familière. L'histoire d'une gamine qui pourrait «soulager des marines». Tout un programme si l'on en croit Jacques Stephen Alexis: «Ils sont comme ça, les marines, tout ivrognes, tout frénétiques, tout racistes qu'ils sont. Leurs raptus délirants, leurs amoks libidineux et même leur cruauté mentale sont traversés d'éclairs lumineux, d'enfantillages charmants et de gestes idéalistes.» (L'espace d'un cillement)
7.Nuit sans lune (5'38). De ces chansons qu'Étienne Daho aurait pu enregistrer quand il ne se teignait pas les cheveux. Et pourtant, Daho a-t-il jamais été plus solaire que sur la pochette originale d'EDEN (1996), les tempes blanches? Avant d'être rapidement rajeuni. Parce que l'album ne se vendait pas? Les stratégies des labels. Les lubies des chanteurs de charme.


8.«Dans mes rêves, tu grondes et tu souris/ Le long du fleuve Jaune la lune luit...» En parcourant les crédits du livret, on apprend que pour cette chanson, Barbara Carlotti joue du koto, une cythare japonaise à cordes de soie enduites de cire. Un instrument de musique qu'on trouve également en Chine, dont il est originaire. Ce titre à l'air bridé s'intitule L'avenir et dure 3 minutes 07.
9.Quatorze ans (3'24). Faire le mur et filer en boite. Souvenirs, souvenirs. «J'avais quatorze ans et c'était l'été/ Je sortais la nuit je voulais danser»... En juillet-août 88, l'été de ses 14 ans, Nuit de folie trônait au sommet du Top 50 avec le tube Franprix Début de soirée. Mais l'on transpirait également sur George Michael (One more try), Kylie Minogue (I should be so lucky), Michael Jackson (Dirty Diana), Terence Trent d'Arby (Sign your name) ou Claudia Phillips (Quel souci la Boëtie). Idéalement clippable, Quatorze ans pourrait bien cartonner.
10.Mon dieu, mon amour (4'15). Duo avec Philippe Katerine. Dieu que Katerine s'est perdu dans d'inutiles rallyes, lui qui avait tout pour être un nouveau Charles Trenet! On retrouve-là le charme fragile et désuet de son chant d'oiseau.
11.Le cœur à l'ouvrage (3'34). «J'ai voulu le vent et les vagues, me voilà échouée sur la plage, je ne vaux plus rien». Autobiographique? Le tréfonds des artistes. À écouter aussi pour les chœurs épatants.
12.Marcher ensemble (4'34). La personne à qui s'adresse ce morceau a du se sentir mal en le découvrant. Ne jamais sortir avec une chanteuse de talent. Elle vous le fera payer avec ce qu'elle a de plus beau: sa voix.
Au final, un album qui vous envahit, comme s'il était du soleil, de la pluie, de l'amour ou du vent.

Baptiste Vignol

Aujourd'hui, 6 mai 2012


Vingt ans aujourd'hui que Marlene Dietrich est morte. La voix rauque de Marlene, l'intensité de son regard et ses jambes idéales captés par Josef von Sternberg dans «L'Ange bleu», sorti en 1930, feront de la Berlinoise une star planétaire, et du personnage qu'elle incarne, Lola, un mythe du septième art. En 1939, l'actrice refuse de rentrer en Allemagne, s'engage contre Hitler et soutient les soldats sur le front. De quoi recevoir en 1951, quand on ne l'épinglait pas à tire-larigot, la Légion d'honneur pour services rendus à la France. Quelques films encore après guerre, dirigés par Lang, Hitchcock et Welles, puis des tours de chant triomphaux à Londres, Paris et New York. Dans son répertoire, un chef-d'œuvre du protest singer Pete Seeger auquel Marlene donne un écho définitif: Where have all the flowers gone? Adapté en français par Francis Lemarque et René Rouzaud, l'hymne pacifiste devient Qui peut dire où vont les fleurs? Dietrich l'enregistre en mai 1962 - il y a cinquante ans !- avec Burt Bacharach à la direction d'orchestre. Le 45 tours paraît chez Pathé Marconi. Intemporel.

Qui peut dire où vont les fleurs du temps qui passe?
Qui peut dire où vont les fleurs du temps passé?
Sur les tombes du mois de mai, les filles en font des bouquets.
Qu'en saurons-nous un jour? Quand saurons-nous?... Jamais.

En ce 6 mai 2012, alors qu'au nom de la démocratie l'on se fait tuer en Syrie, en Égypte et ailleurs, certains chanteurs (parmi lesquels Anaïs, Yannick Noah, Camélia Jordana, Yael Naim, Joyce Jonathan), en quête d'originalité, convoqués ce soir à la Bastille, se demandent peut-être quels refrains interpréter. Mieux que Le temps des cerises ou La vie en rose, si prévisibles, Qui peut dire où vont les fleurs serait, pour prendre un soupçon de hauteur, la chanson idoine à fredonner aux électeurs en fête.

Baptiste Vignol

Qui peut-dire où vont les fleurs par Marlene Dietrich :
http://www.youtube.com/watch?v=zEe3qQg-HHY

Chanteur d'affaire


Le document est passé en boucles ces dernières semaines lors des nombreux hommages rendus à Claude François à l'occasion de la sortie en salles du film «Cloclo»; une journaliste qu'on ne voit pas à l'image interroge le chanteur - on est au milieu des années 70 et Claude François au sommet de sa gloire :
- Pourquoi faites-vous de la musique commerciale?
Fatigué d'avoir à répondre à une question si sotte bien souvent posée par des gens qui, en réalité, devaient, comme beaucoup, se dandiner chez eux sur ses refrains entêtants, l'idole la fusille du regard et rétorque : «Pourquoi je fais de la musique commerciale? En attendant, ça me fait vivre.» Et tac. L'entretien dévoile ensuite un chanteur doublé d'un homme d'affaire comme on n'avait jamais eu l'habitude d'en entendre, parlant de ses magazines, de ses objectifs commerciaux, de sa cible et de sa clientèle. Étonnant, donc intéressant.
Pourquoi Claude François suscite-t-il encore de la commisération chez les beaux esprits, chez nombre de critiques et de chanteurs laborieux qui peinent tant à devenir populaires? Lui, Claude François, qui créa Comme d'habitude dont l'adaptation anglaise (My way) a gravé le nom en lettres d'or au panthéon du Music-Hall.
Quand on dit Georges Brassens, on répond L'Auvergnat ou Les copains d'abord. Quand on évoque Amsterdam ou Ne me quitte pas, on approuve «Ah! Jacques Brel...» Si l'on parle de Serge Gainsbourg, on songe à La Javanaise, et si l'on fredonne «Avec le temps...», on répond: «Léo Ferré!». Mais que sont ces chansons françaises à côté de Comme d'habitude? D'aimables succès. Au fond, seuls Et maintenant (What now my love) et La Mer (Beyond the see) pourraient pareillement requérir le titre de standard international. De ces chansons-filon qui garantissent la prospérité.
Mais surtout, ce qui rend Claude François éternel, c'est son sens du rythme, de la danse, du peps et de la fête exécutés avec un naturel désarmant, dans un sourire et une légèreté franchement agaçants pour les grincheux. Comment ne pas rêver d'être trois minutes, trois minutes seulement dans la peau de Claude François quand on le voit chanter Alexandrie Alexandra, Je vais à Rio, Chanson populaire, Magnolias for ever, tournoyant parmi ses Clodettes comme des lianes enamourées? Ces extraits d'émissions vieilles de quarante ans ont été diffusés des centaines de fois, et pourtant jamais l'on ne s'en fatigue, comme si l'énergie blonde du chanteur avalait le télespectateur. Claude François reste un cas unique, indémodable, une machine à vendre des particules de bonheur. Il n'est pas interdit de penser que lorsque Michael Jackson sera oublié, Claude François, lui, ne le sera pas.

Baptiste Vignol

Le slice d'Alister


Depuis qu’Étienne Daho a perdu la flamme en 2000 (après le fantastique CORPS ET ARMES), la pop française connaît l’étrange particularité d’être incarnée par deux cracks méconnus : Julien Baer (qui s’est exprimé sur ce blog, c’est ) et son cadet Alister, dont l'insolente facilité sur DOUBLE DÉTENTE aurait, pour faire une image du tonnerre, la fluidité d’un service-volée du John McEnroe de l’été 81. 
Alister répond donc à quelques questions naïves nées pendant l’écoute de cette tuerie sortie en février 2011.


Après 18 secondes d'intro parfaite, le premier morceau (La femme parfaite) du disque commence par: «Non l'Amérique ne l'inquiète pas/ La fonte des glaces ne l'inquiète pas/ Son grain de beauté ne l'inquiète pas/ Quelle classe!» Et l'on se dit, putain mais quelle entame, quelle invitation à la danse, et quel détachement dans l’interprétation! La chanson dit plus loin «Tes fins de mois ne l'inquiètent pas»! De quoi vivez-vous, Alister?
Alister - Je vis de trafics divers, de partitions, de manuscrits, de royalties, de ma maison d'éditions 2909 Music créée il y a deux ans, et un peu aussi d’une revue que je viens de créer qui s’appelle « Schnock » et qui traite de la culture populaire, sans anathèmes, ni trompettes. À la fraîche. Prochain numéro : le 23 mai.


 Pourquoi Alister ? Duschnock n’était pas pris !
 - Alister = Manga (personnage Candy) + Magie Noire (Alister Crowley) = Manga Noire.  Albator fut proposé mais ça faisait trop protestant…

Le titre n°2, Mauvaise rencontre, démarre par une autre intro exemplaire qui là pareil nous met illico dans l'ambiance, un son « grande variété » disparu depuis des lustres en France. Quelle mauvaise rencontre avez-vous faite pour ne pas avoir encore pris les rênes de la pop française?
- Ma grand-mère disait « Ne dis rien si tu n’as rien de gentil à dire ». Les mauvaises rencontres sont aussi de fidèles muses, inspirantes. Et ma dernière envie est de prendre les rênes de quoique ce soit. Je laisse ça au père Noël.

Votre mère vous chantait « des airs pour vous [me] faire dormir» dites-vous dans Je suis loin. Qu'écoutiez-vous adolescent?
- J’étais obsédé par les Beatles. Je suis complètement passé à côté de la musique de mon époque.

Une chanson des Beatles, un album ?
- Le boîte de Pandore c’est You Never Give Me Your Money sur ABBEY ROAD… Où tu comprends qu’en 4 minutes tu peux décliner une quinzaine d’émotions, de réflexions, complémentaires, apparemment contradictoires, sans jamais perdre le fil. Et en même temps c’est déjà la fin du songwriting. Qu’est-ce que tu veux faire après ça ? Tu règles les affaires courantes.


Cioran définit l'amour comme l'affection qui survit à un instant de bave. Euh… Room service?
- Je n’aime ni Cioran, ni le mot « bave », qui se ressemblent d’ailleurs. Tout ceci m’indispose. Mais c’est justement de cette indisposition que peut naître la nécessité de décrire le monde tel qu’on le voit. On écrit ce qu’on ne lit pas. Cela dit on m’a demandé si Room Service n’était pas sur DSK alors que je l’ai écrite en 2009.

«J'ai appris à marcher dans un supermarché...» (Supermarché) Parmi ces 5 chansons de grande consommation (qu'on entend dans les rayons) les plus diffusées en radio pendant les mois de janvier et février, le titre d'un morceau que vous pourriez chantonner avec plaisir : Je l'aime à mourir (Shakira), Ça ira mon amour (Rod Janois), Sexy and i know it (LMFAO), Beyond Magnetic (Metallica) et Du temps (Mylène Farmer).
- Sexy and i know it, mais torché à 5 du mat’. Le Shakira donne vraiment envie d’empoisonner des pigeons. Mais c’est cool pour Cabrel, il va pouvoir s’acheter des cordes de guitare.

Dans Docteur, vous suppliez «Je voudrais juste être quelqu'un/ Que l'on se souvienne de mon nom...» Le mensuel Technikart qui déteste la variété vous classe 76ème de sa "Power list 2011".
- Attention, je suis rarement le personnage de mes chansons. Docteur, c’est surtout une chanson sur le trou de la Sécu. Quant à la notion de « variété », c’est intéressant. On est le seul pays à avoir cette catégorie, ce genre, qui ne veut absolument rien dire d’un point de vue musical. J’ai beau chercher j’ai du mal à comprendre. Ça a le mérite du mystère.


Et cela contribue à ringardiser la «chanson française», laquelle appellation n’est pas géniale non plus… Étienne Daho, auquel on pourrait vous apparenter dans ce que vous apportez de sexy à la « production made in France » (est-ce plus glamour ?), se présentait comme un « chanteur de variété » dans une interview lue jadis dans Les Inrocks probablement. Et vous ?
- On va la faire simple, je fais de la « pop point-barre ». Mais si je dis que La Fonte Des Glaces est inspirée des lieder de Schubert et que Je Vous Promets tente de réconcilier Donna Summer et Kurt Weill, on va mettre ça où sur les têtes de gondoles et dans les chapôs ?... J’imagine que dire que tu fais de la variété pour un mec comme Daho c’est surtout une manière polie de couper court à la conversation. Son truc est bien plus compliqué que ça. Cela dit personne n’a le monopole de Trenet ou Piaf.

Tiens, au débotté, la première chanson de Trenet et de Piaf qui vous vient à l’esprit, là ?
- Ménilmontant et Johnny tu n’es pas un ange, pour les mélodies.

Sur « le trou de sécu », disiez-vous ?...
- J’écris d’abord les musiques. Ce sont elles qui inspirent les textes. Quand j’étais jeune on me faisait écouter « Les Quatre Saisons » de Vivaldi, en me demandant de deviner à quelle saison correspondait tel mouvement. Je travaille dans l’évocation. Pour le trou de la sécu, c’est un raccourci pour dire que je voulais parler de tous ces gens qui ont pris la médecine institutionnelle pour totem. Y’a clairement une question de stimuli organisés.

Drame chez les riches. Single en puissance, idéalement «clippable» et définitivement entêtant... Mais que font-ils chez Barclay? Ils changent leurs statuts facebook? Cela fait penser, digressons, à une comparaison saugrenue : il y a du Brel et du François Rauber des MARQUISES (sorti chez Barclay le 1er novembre 77) dans la réalisation de DOUBLE DÉTENTE. Avez-vous une formation musicale ?
- J’aime beaucoup Orly sur cet album que j’aime bien écouter au casque. Non je n’ai pas de formation musicale à proprement parler. Pour ce que je fais, une bonne mémoire visuelle et auditive suffit.


Certains ont cru deviner l’ombre de DSK dans Room service, d’autres verront dans FBI la silhouette claudiquante d’un personnage élyséen, l’histoire d’un personnage « à double fond » qui possède « des dossiers sur tout le monde » et pourrait « tout faire péter »…
- Pour FBI, c’est la première fois qu’on me la fait mais ça devient passionnant. C’est mon hommage à tous les complotistes du monde. À leur désespoir. À leur désœuvrement.

La nonchalance qui vous caractérise dans l’interprétation de vos chansons, ça se travaille, c’est de naissance ?
- Mon cerveau aurait bien voulu que je sois Rod Stewart mais mon corps en a décidé autrement. Ne jamais trop aller contre la nature.

«Je vous promets le changement ayez confiance». En cette période où l’on promet de raser gratis, dommage de ne pas avoir envoyé aux radios Je vous promets, la plus « disco » des lettres adressées aux Français !
- C’est une fausse chanson « à texte ». Je n’y dénonce rien, je décris juste le désordre neurologique du candidat imaginaire que j’incarne.

Le dernier titre du CD s’intitule La fonte des glaces, déjà évoquée dans le deuxième vers du morceau d’ouverture.
- C’est l’une des questions ultimes. La survie de l’espèce... Ou la fin d’un whisky.

Où a été prise la photo de la pochette de DOUBLE DÉTENTE ?
- Dans le XVème arrondissement. Derrière le front de Seine, ce quartier expérimental, ces « Champs-Elysées de l’an 2000 » qu’avait voulu Pompidou avant d’être interrompus par Giscard. Une curiosité urbaine. Un fantasme de Progrès collectif, esthétique, technique… Il y a 1000 ans, quoi.


DOUBLE DÉTENTE est votre deuxième album. Le premier, qui s’appelle AUCUN MAL NE VOUS SERA FAIT, sonnait-il aussi bien?
- Je ne sais pas. Il faudra voir avec le temps. Je veux surtout qu’ils se complètent, qu’ils forment un ensemble, une équation à inconnu permanent : le prochain album.

(entretien Baptiste Vignol)

Belle étrangère


Dans le temps, on pouvait acheter des 33 tours pour leurs pochettes, parce qu'elles émouvaient, intriguaient, amusaient, parce que la photo était bonne et donnait envie de découvrir le disque, comme l'affiche d'un film peut vous pousser au cinéma. L'apparition du disc laser comme on l'appelait au début des années 80, avec son format au rabais (14x12,5 cm), a sapé l'atout du vinyl... Désormais, les jeunes gens ne fouinent plus chez les disquaires, ils téléchargent gratuitement leurs chansons préférées qu'ils écoutent en mono sur leur téléphone... Qualité 78 tours. À se demander pourquoi les labels continuent d'envoyer leurs artistes en studio. Certaines pochettes cependant sont assez réussies pour inciter quelques maniaques à s'offrir un CD afin de feuilleter son livret et voir ce qu'il raconte. L'effet de NARROW, deuxième album d'Anja Plaschg, musicienne autrichienne âgée de 23 ans qui se fait appeler Soap&Skin et dont le visage serait celui d'une Scarlett Johansson rousse qui aurait posé pour Vermeer. Soap&Skin propose huit chansons hors normes, sorties d'on ne sait quel sous-bois, six anglaises, une allemande et une reprise en français, Voyage voyage, dont la chanteuse Desireless, en 1987, avait fait un hit européen qui avait même franchi les océans. De quoi mettre à l'abri l'auteur Jean-Michel Rivat (qui signa plusieurs textes pour Michel Delpech à qui d'ailleurs était destinée la chanson) et son collaborateur, le co-compositeur et verni Dominique Dubois.
Clippée par Bettina Rheims - c'était là l'une de ses premières réalisations-, Claudie Fritsch-Mentrop, alias Desireless, était devenue un phénomène, portée par sa chevelure, la clarté du morceau et son thème propice à la rêverie. «Sur les dunes du Sahara/ Des îles Fidji au Fujiyama/ Voyage, voyage/ Ne t'arrête pas.» Aux antipodes du traitement froid et synthétique qui habillait la version de Desireless («dénué de désir» en anglais), Anja Plaschg propose une berceuse envoûtante qu'elle interprète au piano, en s'efforçant de la chanter en français... Un parti pris qui va sans doute en étonner beaucoup en ces temps de défaite acceptée de la langue française et qui ne saurait souffrir le moindre sarcasme car la langue appartient à celui qui la parle soulignait Mario Soares, a fortiori à celle qui a pris le parti de la chanter.
Le pouvoir d'une chanson. La beauté énigmatique d'une pochette.

Baptiste Vignol