Succès d'été... (3/12)
« Stone et Charden chantaient L'Avventura
Et Mike Brant se demandait : Qui saura ?
Johnny disait à Sylvie : Que je t'aime !
Et Brel écrivait ses derniers poèmes.
Polnareff osait tout pour faire sa pub
Et les Stones roulaient déjà à pleins tubes,
Juju fredonnait La Californie,
Moi je chantais Kiss me as you love me… »
À pleins tubes C.Jérôme (1997)
C.Jérôme
Mike Brant
Succès d'été... (2/12)
"Mais une nuit des voyous, des vrais enfants d'salauds,
Pendant qu'Dédé pionçait, z'y ont fracturé son box,
Z'y ont tiré son klaxon et son autoradio,
Ses cassettes de Mike Brant et ses jantes en inox.
Dédé le lendemain en voyant le tableau,
Lui qu'avait une santé d'académicien,
S'est chopé l'infarctus dont nous causent les journaux
Et l'a cassé sa pipe tout seul au p'tit matin..."
La tire à Dédé Renaud (1979)
François Valéry
Succès d'été... (1/12)
« Pour faire une recette de cuisine
Pour gober d’la chlorpromazine
Pour doser le liquide vaisselle
Pour se parfumer les aisselles
Pour déballer une Vache qui rit
Un CD d’François Valéry
C’est fou comme le monde se complique
Quand on lit pas les fiches techniques ! »
Mode d’emploi Juliette (2004)
Plus c'est gros, mieux ça passe
Comme s'il fallait absolument persuader l’opinion que cet opus casse la baraque; mais les chiffres officiels, délivrés chaque semaine par l'IFOP, ne chantent pas la même chanson…
14100 CD vendus les deux premiers jours d'exploitation, puis 18200 (du 13 au 19 juillet), 13300 (du 20 au 26), 13700 (du 27 juillet au 2 août) et 8900 (du 3 au 9 août) ne font pas un total de 165000 copies, mais un (bon) résultat (vu l'état du marché) de... 68200 !
Faut-il s’étonner que l’industrie discographique prenne l’eau de toutes parts si ses labels gèrent leurs affaires aussi correctement qu’ils additionnent leurs chiffres de ventes ? Sans parler du public qu’elle mystifie ouvertement. Quant aux médias, ils relaient l’information docilement, sans jamais préciser qu'il s'agit des ventes de gros (c'est-à-dire faites aux magasins), et non pas des ventes de détails (c'est-à-dire au public). Ainsi reste-t-il dans les grandes surfaces 100000 disques de Carla Bruni qui doivent encore trouver preneurs.
Parole d'expert
Quand Brel tapait sur son piano
Pendant toute la tournée, Brel travaillait ses nouvelles chansons pour cette rentrée parisienne. À chaque fois que l’on arrivait dans les casinos, il allait dans sa loge, enfilait son costume et montait sur la scène où il y avait toujours un piano, et il tapait dessus… Il cherchait le rythme de sa prochaine chanson. Il en voulait une à 5 temps, comme Dave Brubeck qui venait de conquérir le monde avec son Take five. Nous, on se préparait pour la soirée et on entendait Brel : 1.2.3.4.5, 1.2.3.4.5… Il en sortira deux chefs-d’œuvre, Ne me quitte pas et La valse à mille temps… Réfléchissez bien… Ne-Me-Qui-Tte-Pas, 1.2.3.4.5. et La-Val-S’À-Mill’-Temps.
J’ai vu le spectacle à l’Olympia. Merveilleux au Trois Baudets, Philippe Clay n’était pas très à l’aise sur une grande scène comme l’Olympia. L’artiste doit s’adapter, le public ne réagit pas de la même façon selon la grandeur de la salle. D’un côté, c’est une “veillée”; de l’autre, c’est une démonstration… Et Jacques Brel est devenu une star!
Ricet Barrier
Une île où il fait beau la nuit
Quel point commun réunit Popa Chubby, Jeanne Cherhal, Tiken Jah Fakoly, Joeystarr, Neneh Cherry, Ayo, Patrice et, disons… Rachid Taha? Ils se sont tous déjà produits au Sakifo festival de La Réunion.
Avec la saison des beaux jours, s’en vient le carrousel des grand-messes rock’n’roll; Francofolies (de La Rochelle, de Montréal), Vieilles Charrues (Carhaix en Bretagne), Paléo festival (de Nyon), Eurockéennes (de Belfort) étant même maintenant, dans l’esprit de chacun, associés aux collectivités qui les soutiennent. D’ailleurs, aucune mairie ne cesserait de soutenir un événement qui met sa commune en lumière, génère une économie substantielle et ravit la population locale et les vacanciers!
L’île de La Réunion est connue pour ses paysages, ses randonnées, la beauté festivalesque de ses cirques et son intense activité volcanique. Il n’est pas impossible qu’elle profite un jour, par ricochet, et jusqu’en lointaine “métropole”, du succès populaire du Sakifo de Saint-Pierre, ce rendez-vous musical s’étant déjà imposé comme la plus importante manifestation culturelle de l’océan Indien.
Assise au bord d’un lagon, Saint-Pierre prend la forme d’un amphithéâtre déployant ses rues parallèles sur le versant de la montagne. Où que l’on soit dans cette cité balnéaire, le spectacle de la mer le dispute à celui du Piton des Neiges qui culmine à 3069 mètres d’altitude.
Quand l’été chauffe l’hexagone, c’est l’hiver austral dans les Mascareignes. Les alizés soufflent, mais la température de l’eau avoisine les 24°. Et les baleines passent au large de Saint-Pierre... Sitôt le soleil couché, les vents retombent et l’on s’enchante, au clair de lune, de cieux véritablement féeriques. Parfois, “l’azur phosphorescent de la mer des Tropiques” illumine si bien l’horizon qu’on croit apercevoir, montant de l’océan, les étoiles nouvelles dont rêvaient les Conquérants de Hérédia. Une île où il fait beau la nuit*!
Du 6 au 10 août 2008, sur le sable de la Ravine Blanche, à deux pas du lagon, des artistes aussi captivants que Dionysos, Cocorosie, The Do, Bumcello, Brisa Roché, Keziah Jones ou Lo’Jo vont se succéder en plein air, au milieu des grands filaos qui longent le bord de mer. Cette programmation éclectique, on la doit à un illuminé, un bâtisseur passionné, Jérôme Galabert, qui s’est dit, en dépit des difficultés dûes à l’éloignement: “Je vais le faire”.
Depuis cinq ans, il organise, à 9000 km de Paris, malgré des frais d’approche exorbitants, et la frilosité de partenaires institutionnels qui ne semblent pas avoir tous pris conscience de l’enjeu touristique que représente le Sakifo, une manifestation d’envergure et de qualité qui n’a rien à envier aux “gros” festivals européens. L’occasion, qui plus est, pour Firmin Viry, Danyèl Waro, Lo Griyo, Nathalie Natiembé, Davy Sicard ou Zong (qui incarnent l’identité réunionnaise dans ce qu’elle a de plus métissé, de l’ancestral maloya aux beats électro de Yann Costa) de recevoir des confrères musiciens du monde entier, de leur révéler l’âme créole et de jouer à domicile, dans un cadre idéal, devant un public insulaire en quête de sensations et de découvertes.
L’osmose est si particulière qu’ils sont nombreux à vouloir revenir, certains pour des collaborations artistiques (Nathalie Natiembé avec Bumcello, Émilie Loizeau avec Danyèl Waro)! La Réunion porte alors bien son nom. Quant au festival Sakifo, il en est une illustration concluante.
Baptiste Vignol
* d’un autre poète, Vincent Witomski.
Le site du Sakifo
Le music-hall d'Assayas

« Moi j'aime Juliette Gréco
Mouloudji, Ulmer, les Frères Jacques
J'aime à tous les échos
Charles Aznavour, Gilbert Bécaud… »
Moi j’aime le Music-Hall, Charles Trenet, 1955
Il a tort. Et ça n’est pas être “casse-pieds” que de le souligner! Mais peut-être n’a-t-il jamais vu un spectacle des Frères Jacques? Ce serait regrettable, car Michka Assayas aurait pu les applaudir, leur tournée d’adieu s’étant achevée en 1982… Il avait alors 24 ans. Peut-être ce journaliste ne connaît-il point encore l’œuvre du quatuor? Ce serait plus gênant pour quelqu’un qui prétend y chercher une référence. À moins qu'il n'ait parlé sans réfléchir, comme ça, pour faire son Jacques… Ce qui serait lamentable.
Rappelons-lui que les Frères Jacques élaboraient leur répertoire avec tant d’humour, de brillance et de poésie qu’ils furent fêtés, trente ans durant, dans les théâtres du monde entier. Interprètes de génie, ils étaient admirés et servis par Raymond Queneau, Serge Gainsbourg (dont ils créèrent Le poinçonneur des Lilas), Boris Vian, Francis Blanche, Bernard Dimey - que des tocards!-, sans oublier Ricet Barrier, Georges Brassens, Charles Trenet ou Boby Lapointe.
Se souvient-il, le chroniqueur, que le quatuor en collants noirs chantait si bien les chansons de Prévert que le poète s’en montrait fier? “Aux feux de la rampe, écrivait-il, les Frères Jacques allument un vrai feu de joie et les planches brûlent en crépitant, et ils dansent autour en chantant.”
Voilà qui vaudra toujours plus qu’un satisfecit de Michka. Mais peut-être Jacques Prévert est-il ringard au regard d’Assayas?
Baptiste Vignol
Chanson sans calcium
Stanislas (avec Brigitte Bardot)


