Alister répond donc à quelques questions naïves nées pendant l’écoute de cette tuerie sortie en février 2011.
Le slice d'Alister
Alister répond donc à quelques questions naïves nées pendant l’écoute de cette tuerie sortie en février 2011.
Belle étrangère

Clippée par Bettina Rheims - c'était là l'une de ses premières réalisations-, Claudie Fritsch-Mentrop, alias Desireless, était devenue un phénomène, portée par sa chevelure, la clarté du morceau et son thème propice à la rêverie. «Sur les dunes du Sahara/ Des îles Fidji au Fujiyama/ Voyage, voyage/ Ne t'arrête pas.» Aux antipodes du traitement froid et synthétique qui habillait la version de Desireless («dénué de désir» en anglais), Anja Plaschg propose une berceuse envoûtante qu'elle interprète au piano, en s'efforçant de la chanter en français... Un parti pris qui va sans doute en étonner beaucoup en ces temps de défaite acceptée de la langue française et qui ne saurait souffrir le moindre sarcasme car la langue appartient à celui qui la parle soulignait Mario Soares, a fortiori à celle qui a pris le parti de la chanter.
Le pouvoir d'une chanson. La beauté énigmatique d'une pochette.
Baptiste Vignol
Grande Sophie
2) En deuxième position, Peut-être jamais (4'27). C'est la grande chanson du CD, articulée autour «d'un désir aujourd'hui périmé/ [dont] la date limite est dépassée à court». Chanson majeure où La Grande Sophie (178 cm) aborde avec pudeur et légèreté l'insondable drame que ce doit être de ne pas pouvoir donner la vie.
3) Ne m'oublie pas (3'35). Déclaration (d'amour) sur un air entêtant tricoté d'injonctions imagées («Ne m'oublie pas sur la porte au milieu de tes clefs...»), avec cette précision qui montre ô combien Sophie sait parler aux garçons : « Ne m'oublie pas quand tu touches une autre avec ta peau.»
La Grande Sophie traite des thématiques essentielles, la Vie (Peut-être jamais), l'Amour (Ne m'oublie pas), la Mort avec 4) Sucrer les fraises (3'09), mais elle le fait avec doigté, en posant la question qui tue : «Qui changera l'eau des fleurs?»
5) Dans ton royaume (2'56). Les «Directeurs artistiques» appellent ça un morceau «up tempo», pour dire qu'il est censé faire danser. Ici, l'invitation est lancée sur un rythme d'Afrique Noire.
6) Ma radio (5'36). Après Brigitte Fontaine (Comme à la radio, 1970), Stone et Charden (La musique du camionneur, 1971), Julos Beaucarne (Femmes qui parlez dans les radios, 1980), Michel Polnareff (Radio, 1981), Michel Jonasz (La FM qui s’est spécialisée funky, 1985), Renaud (Allongé sous la vagues, 1988), Hélène Ségara (Une voix dans la nuit, 1996), Dorian (La radio signale, 1999) ou Robert Charlebois (Les ondes, 2001), La Grande Sophie chante à son tour le poste dans lequel elle aimerait sûrement s'entendre chanter plus souvent. La Grande Sophie possède un grain de plus en plus radiogénique, ça tombe bien.
8) Quand on parle de toi (2'56). Deuxième morceau «up tempo» du CD. De ces chansons-miroirs dans lesquelles nous souhaiterions tous voir notre reflet («T'es ma plage mon élégance/ T'es mon badge, mon arrogance...»). Sinon, en consultant les crédits du livret, on peut lire que le guitariste du disque, dont précisément la chanson Quand on parle de toi est la seule sur laquelle il n'officie pas, s'appelle Ludovic Bruni. Un cousin de? Une recherche sur Wikipédia informe simplement que le jeune homme né en 1976 à Hyères (où le poète Stéphen Liégeard inventa en 1887 le terme Côte d'Azur pour remplacer la dénomination Riviera) a joué pour Charlotte Gainsbourg, Françoise Hardy, Piers Faccini, Émilie Simon; la crème quoi.
9) Écris-moi (4'26). Requête périmée; on n'envoie plus que des sms de nos jours. Sûr que la parolière Sophie Huriaux prend encore la peine d'attraper un stylo. Ses mots sont choisis, ils ont passé l'épreuve de la rature, du gommage. Ils ont la chaleur du papier et semblent donc couler de source. «Écrire pour ne pas mourir» chantait Anne Sylvestre.
10) Suzanne (4'10). Une chanson d'amitié, qu'il faut aussi écouter pour la voix claire de la chanteuse, par instants cristalline, et sa diction exemplaire.
Au final un album quatre étoiles qui marquera 2012 et dont le seul ratage est la pochette, vilaine et... fantomatique. C'est souvent une erreur que de vouloir coller au titre. Les jolies photos figurent à l'intérieur du livret... Raison de plus d'acheter le CD.
Baptiste Vignol
Un effet «Victoires»?
Baptiste Vignol
Emmanuel
Le 18 mars 2012, de retour d'un concert, l'envoyé spécial du Parisien annonçait aux foules inquiètes : «Izia m'a enfin convaincu!», expliquant dans la foulée: «J'ai vécu une première, vendredi soir. Je suis resté jusqu'à la fin du concert d'Izia au Bataclan. D'habitude je tenais une demi-heure.» Ouf! Izia réhabilitée, le rock français peut respirer.
Baptiste Vignol
Du in, du off
Baptiste Vignol
La polémique, trois ans après...
Faut-il brûler Orelsan? Éteinte il y a déjà plus de deux ans en France, voilà que la controverse renaît de ses cendres en pays mascarin, à onze heures d'avion de Paris. Depuis que le rappeur est à l'affiche du Sakifo 2012, des pétitions circulent, des intellectuel(le)s s'indignent et les comparaisons vont bon train: Bertrand Cantat ici, Louis-Ferdinand Céline par là, sans oublier Adolf Hitler ! La Région menacerait maintenant de supprimer sa subvention... N'est-il pas attristant d'avoir à rappeler qu'Aurélien Cotentin, alias Orelsan, coupable d'un morceau indigeste, n'a pas de sang sur les mains? L'immense majorité des Réunionnais, elle, se fiche bien de cette mêlée tandis que les fans de rap et de chanson française, ils sont quelques milliers, espèrent pouvoir applaudir comme prévu celui dont le dernier album, LE CHANT DES SIRÈNES sorti fin 2011, a bluffé les médias. Car le show d'Orelsan mérite le détour ! Carré, dansant, drôle, cru, émouvant, Orelsan est un rappeur d'élite. Il vise juste, se joue des clichés, dépeint l'époque avec une exactitude éclairante et musicalement défriche le genre en s'adjugeant sur scène les services d'un batteur et d'un guitariste. La polémique qui agite aujourd'hui le Landerneau culturel réunionnais n'a pas lieu d'être puisqu'au final la raison arbitrera ces querelles. Rendez-vous donc le 3 juin 2012 pour un set du tonnerre qui s'annonce déjà comme l'un des sommets du festival phare de l'océan Indien.
Baptiste Vignol











