Le PS mérite une bonne droite



C’était déjà difficile d’être socialiste, cela devient impossible. Benoît Hamon, missionné par le PS au Grand journal de Canal +, multiplie les fausses notes. Il porte pourtant le nom d’un orgue au son envoûtant, quand il est joué sans couac, le Hammond B3, mais le sait-il ? Ignorant tout de la musique et de la manière dont elle se fabrique, il dénonce la loi Hadopi comme étant liberticide, l’imbécile. La première atteinte à la liberté, ce n’est pas Hadopi. La première atteinte à la liberté, c’est de dépouiller l’individu du fruit de son travail, sans son consentement, sans qu’il puisse fixer le prix de ce qu’il a produit, qu’il s’agisse de carottes, de paniers en osiers, de plans d’architectes ou de toiles de maîtres. Pourquoi ce qui est vrai pour un boulanger ne le serait-il pas pour un musicien ou un cinéaste ? À moins de considérer que la culture compte pour du beurre.
Produire une œuvre musicale coûte cher, très cher. Quel modèle économique permet d’offrir «gratuitement» ce qui est cher à fabriquer*? Même un socialiste chevronné ne pourra nous l’expliquer.
Et que l’on cesse de comparer, comme certains n’hésitent pas à le faire, la musique et les journaux gratuits. Ces derniers sont truffés de pub et financés de cette manière (je ne m’étendrai pas sur le contenu rédactionnel à la solde d’on ne sait trop qui, la gratuité ayant parfois un parfum de propagande). Ou alors, il faudrait accepter que les chansons téléchargées gratuitement soient également interrompues toutes les 30 secondes par une pub Tampax, en guise de nouvelles règles.
Si demain, la morale d’internet et les arguments fallacieux de ceux qui invoquent une loi liberticide devaient s’étendre au reste de l’économie, on se rendrait vite compte des limites du système.
- J’ai trouvé un moyen de remplir mon caddie et de sortir de la grande surface sans passer par la caisse. Ce n’est pas du vol !
- Je possède une clef qui me permet de démarrer toutes les voitures et de partir avec, je ne fais rien de mal.
- De toute manière, je n’aurais pas acheté cette paire de chaussure, alors le fabricant devrait être plutôt flatté que j’accepte de la porter gratuitement.
- Le caviar, c’est trop cher, alors je me sers.

Ceux-là mêmes qui donnèrent la parole à Benoît Hamon sur la chaîne cryptée, sans trop chercher à le contrarier, sont les premiers à lancer la police aux trousses des petits malins qui savent pirater les décodeurs Canal +. Ils ont pourtant eux aussi, à l’instar des voleurs internautes, l’alibi de vouloir accéder à la culture. Michel Denisot, assis sur son mirobolant salaire, aurait pu faire valoir un peu plus haut que sans les deniers des abonnés son «Grand journal» deviendrait rapidement un «misérable journal».
Je veux bien envisager de donner mes œuvres à ceux qui n’ont pas du tout les moyens de se les procurer ; et exclusivement à ceux-là. Les Fnac du cœur, pourquoi pas. Mais qu'au minimum, on me remercie pour mon geste, je n’étais pas obligé. Je n'admets plus que l’on trouve normal de me piller. Ce n’est pas seulement d’argent que l’on me dépouille, c’est toute ma valeur que l’on réduit à néant. Je me sens humilié par si peu de considération. Si le rôle social que je joue n'est pas aussi important, il est au moins aussi noble que celui des politiques. Si certains revenus sont discutables, penchons-nous d'abord sur ceux que leur confèrent leurs mandats, payés par notre solde, et quelles que soient leurs compétences. En tant qu'artiste, je n'en demande pas tant. C'est uniquement mon travail que je veux voir rétribué, à hauteur de que le public jugera digne de lui sacrifier.
Bien entendu lorsqu’on se réfère au nombre important de personnes qui s’adonnent au téléchargement illégal, se ranger de leur côté est plutôt opportun. Cela n’aura visiblement pas échappé au PS en quête de voix. Certains artistes n’osent même pas affirmer devant les caméras, que ce vol caractérisé leur porte atteinte, préférant la popularité à la loi.
Accepter que la création appartienne à tout le monde, gratuitement, sans contre partie, c’est affirmer haut et fort qu’elle ne vaut rien. Jusqu'à présent ce type de raisonnement était plutôt l'apanage d'une droite très à droite.

Vincent Baguian

* L’enregistrement de mon dernier album a duré un mois et demi et coûté 80 000 Euros (hors jaquette, photos, clip, promo). Construire un studio d’enregistrement digne de ce nom équipé du matériel adéquat coûte plusieurs centaines de milliers d’Euros. Devenir musicien, arrangeur, ingénieur du son, demande autant d’années d’études qu’un chirurgien. Je cède tous mes droits d’auteurs à des associations quand je le juge utile, c’est beaucoup et on peut vérifier. Qu’on me laisse décider à qui je veux donner.


Top des ventes (du 23 février au 1er mars)

1. U2 No line on the Horizon 63 109
2. La Fouine Mes repères 14 683
3. Seal Soul 13 962
4. Charlie Winston Hobo 10 224
5. Grégoire Toi + moi 8 019
6. Superbus Lova Lova 6 925
7. Coldplay Viva la vida 6 732
8. Peps Utopies dans le décor 6 631
9. Christopha Maé Comme à la maison 6 503
10. Bof Twilight 6 486
11. Patrick Fiori Les choses de la vie 5 740
12. Francis Cabrel Des roses et des orties 5 389
13. Pink Funhouse 4 390
14. Thomas Dutronc Comme un manouche sans guitare 4 277
15. Jason Mraz We sing, we dance… 4 031
16. Multi-interprètes Cléopatre, la dernière reine d’Égypte 3 639
17. La Rue Kétanou À contresens 3 623
18. Ridan L’un est l’autre 3 520
19. Bruce Springsteen Working on a dream 3 425
20. The Priests The Priests 3 290

Puis, en français:

29. Johnny Hallyday Ça ne finira jamais 2 807
31. Alain Bashung Bleu pétrole 2 655
33. Bénabar Infréquentable 2 564
36. Charles Aznavour Duos 2 376
37. Tryo Ce que l’on sème 2 340
41. Alain Souchon Écoutez d’où ma peine vient 2 164
44. Christophe Maé Mon paradis 1860
45. Stanislas L’équilibre instable 1 792
47. La Grande Sophie Des vagues et des ruisseaux 1 792
49. Abd Al Malik Dante 1759
53. Anaïs The Love album 1 666
etc.

L'avis d'un Grand Prix de l'Académie Charles Cros


Les 24ème défaites de la musique

Bien sûr, il y avait Alain Bashung et son œuvre. Quelle dignité quand au bout du chemin, ses peut-être derniers mots vont à son amour de la belle chanson et de l’audace qu’elle implique. Il y avait ce maître absolu du verbe, ce poète, son timbre incomparable, ses musiques ciselées, recherchées, originales, personnelles. Et dans son sillage, personne. Mise à part Camille.
J’ai tenu jusqu’au bout de la soirée, par conscience professionnelle sans doute, et j’ai contemplé le désert. Je ne citerai pas les noms de ces déserts, on me traiterait d’aigri. Je ne suis pas aigri au contraire, je suis perdu. Je voudrais m’accrocher à des locomotives, elles me sont essentielles, je rêve de n’être qu’un wagon et de me laisser entraîner sur les voies de talents bouleversants. Mais là, qui suivre ?
Pour être rock, il faudrait tel un cabri (oui l’homonymie est proche) parcourir la scène en sautant dans toutes les directions, hurler des propos vides de sens, dignes d’un élève de troisième (et encore il y en a qui assurent en 3ème) et haranguer la foule comme un gourou (pas loin du kangourou). Tout le monde debout! Faites du bruit! Est-ce que vous êtes là ? Combien de fois ces banalités ineptes ont été répétées ? Et le public se lève par politesse, victime d’une standing ovation réclamée à corps et à cris par « l’artiste ». Si c’est cela avoir du charisme, je préfère regarder les parcs à huîtres du bassin d’Arcachon, ils m’inspirent plus de respect et m’émeuvent bien davantage. Ou écouter encore un album de Brassens, qui était bien plus rock que ça, et sans bouger beaucoup. Une autre arrive sur scène à cheval. Cette entrée originale aura-t-elle dissimulé quelques secondes l’absence d’originalité de tout le reste qui concerne la chanson? Quelques-uns, de plus en plus nombreux, chantent en anglais; c’est moins risqué, au niveau du sens. Ils échappent du coup au ridicule de certains textes que l’on a pu entendre ce soir-là. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas non plus ce qu’ils font dans des catégories dites de "chanson française". Les heures passent lentement, je cherche les héritiers de Gainsbourg, Brel, Piaf, Barbara, Nougaro, Reggiani, Trenet, Souchon… Je vois des fils de. Mais les héritiers, je ne les trouve pas. Ce ne sont quand même pas les BB Brunes en train de remporter la victoire de la « révélation scène » de l’année ? (eux je les cite, parce que c’est quand même trop comique). Alors pour me rassurer je me dis que ce sont des professionnels qui ont voté, et qu’ils doivent bien savoir ce qu’ils font. Mais soudain, je repense à ce proverbe :
N’oublions jamais que le Titanic a été conçu par des professionnels… Et l’arche de Noé par un amateur.
Oui, le marché du disque est en crise. J’hésite entre la crise de rire et la crise de larmes.

Vincent Baguian

Top 50



“Si aujourd’hui le nombre d’entrées d’un film est parfaitement établi, connaître les ventes réelles d’un CD relève de l’enquête de police, déplore Olivier Maison dans Marianne (du 21 au 27 février). Le classement de l’Ifop, qui repose sur les seuls achats réels relevés dans 1200 points de vente est un classement fiable et… confidentiel. Les journalistes spécialisés doivent faire preuve de trésors d’ingéniosité pour obtenir des chiffres réservés aux "majors des majors" et de plus en plus protégés”.
Voici ceux de cette semaine - du 16/02 au 22/02.

1. Seal Soul 16 196
2. Charlie Winston Hobo 11 480
3. Grégoire Toi + moi 9 613
4. Superbus Lova Lova 9 154
5. Christophe Maé Comme à la maison 6 216
6. BOF Twilight 6 020
7. Francis Cabrel Des roses et des orties 5 866
8. Patrick Fiori Les choses de la vie 5 785
9. Bruce Springsteen Working on a dream 4 757
10. The Priests The Priests 4 533
11. Multi-interprères Cléopatre la dernière Reine d’Égypte 4 297
12. Franz Ferdinand Tonight: Franz Ferdinand 4 276
13. Raphael Saadiq The way i see it 4 254
14. Diane Alela To be still 4 217
15. La rue Ketanou À contresens 4 076
16. Roberto Alagna Sicilien 3 991
17. Katy Perry One of the boys 3 487
18. Jason Mraz We sing, we dance, we steal things 3 439
19. Johnny Hallyday Ça ne finira jamais 3 373
20. Orelsan Perdu d’avance 3 365
21. Peps Utopies dans le décor 3 242
22. Amy MacDonald This is the life 3 157
23. Lily Allen Its’ not me, it’s you 3 127
24. The Pussycat dolls Doll Domination 2 918
25. Alain Souchon Écoutez d’où ma peine vient 2 854
26. Charles Aznavour Duos 2 836
27. Bénabar Infréquentable 2 816
28. Pink Funhouse 2 668
29. Morrissey Years of refusal 2 654
30. Tracy Chapman Our brigh future 2 494
31. Coldplay Viva la vida 2 484
32. Duffy Rockferry 2 455
33. Scred Connexion Ni vu ni connu 2 436
34. Justin Nozuka Holly 2 376
35. Tryo Ce que l’on sème 2 311
36. Christophe Maé Mon paradis 2 158
37. Emily Loizeau Pays sauvage 2 125
38. La Grande Sophie Des vagues et des ruisseaux 2 058
39. Rohff Le code de l’horreur 1 929
40. Antony and the Johnsons The crying light 1 926
41. Sheryfa Luna Venus 1 868
42. AC/DC Black ice 1 859
43. Alexandre Tharaud Avant-dernières pensées solos & duos 1 846
44. BOF Lol 1 795
45. Thomas Dutronc Comme un manouche sans guitare 1 786
46. BOF Slumdog millionaire 1 737
47. Rihanna Good girl gone bad 1 633
48. Akon Freedom 1 629
49. MGMT Oraculor Spectacular 1 628
50. Lady Gaga The fame 1 598
(…)
198. Isabelle Boulay Nos lendemains 299
199. Britney Spears Blackout 298
200. Jonas Brothers A little bit longer 295

Domenech ou comment s'en débarrasser?



L’écrivain Bernard Morlino tient un blog passionnant pour qui aime le football et la littérature. Tout lecteur quelque peu fureteur découvrant d’aventure sa plume acérée se laissera séduire par les envolées de l’auteur, son art de la comparaison, l’ardeur de ses indignations, l’innocence de ses émois, ses coups de pieds au cul (de Jean-Michel Larqué notamment), son incroyable mauvaise foi (à l’encontre de Michel Platini par exemple), ses allégories aussi lumineuses qu’une ouverture de Platini justement, aussi chevaleresques qu’une course de Maradona, aussi tranchantes qu’un dribble d’Éric Cantona, aussi diaboliques que le pied gauche de Puskas, aussi fulgurantes qu’une accélération de Yohan Cruijff. Rien d’étonnant à ce que les développements de Bernard Morlino soient pétris de références, de citations poétiques, de réflexions philosophiques, d’interrogations politiques puisque le football, affirme-t-il, c’est de la littérature en plein air.
On apprend, par exemple, entre un éloge à Di Stéfano et un plaidoyer pour le gallois Ryan Giggs, que Louis Nucera (qui n’était pas footballeur comme chacun sait, mais cycliste), à qui Morlino consacra un récit, “Louis Nucéra, achevé d’imprimer” (2001), lui avait confié, en parlant de Pierre Perret: "“Tu sais, Bernard, avec Georges [Brassens], on n’a jamais cru que Perret ait vu une seule fois Léautaud”". Et Louis de m’expliquer: Léautaud notait tout dans son journal, Perret n’y apparaît jamais.”" Car Morlino, qui aime la chanson – et Astor Piazzolla, approuve la démarche de la journaliste Sophie Delassein qui mettait à jour récemment dans le Nouvel Observateur la mythomanie du chanteur, soulignant le mérite de cette enquête tapageuse pour l’éthique d’une esthétique chansonnière.
Mais revenons au gazon cru des pelouses sportives. L’équipe de France a perdu avant-hier, 11 février 2009, un match de football contre l’Argentine. Les “muchachos” qu’elle affrontait semblaient galvanisés par leur nouvel entraîneur, Diego Armando Maradona (quel nom tout de même!), à qui, visiblement, comme l’a noté un jeune spectateur marseillais sur l’antenne d’Info Sport, “ils voulaient faire honneur”. Difficile en effet de vouloir être digne du sélectionneur tricolore, l’insipide Raymond Domenech, dont Morlino détaille à coups de paragraphes hilarants tout le bien qu’il pense. Mis à part Estelle Denis (mais l’amour a ses raisons…), Franck Ribéry et Jean-Pierre Escalette, qui peut donc encore se réjouir des bavardages de Raymond Domenech? Lui qui a décidé d’évincer David Trezeguet, le plus français des Argentins, quand Maradona en aurait probablement fait l’une de ses pièces maîtresses…
Mais revenons au plus christique des joueurs de football. Maradona, donc. Sur son blog, Morlino dit tout del Pibe de oro. La passion qu’il suscite encore quinze ans après sa retraite, lui, le seul sportif dont on pourrait se tatouer le portrait sans crainte du ridicule. Quel autre visage de footballeur (à part celui de George Best) pourrait-on ainsi arborer ? Celui de Philippe Fargeon. Je plaisante. Aucun. Pas même ceux de Pelé, d’Éric Cantona ou de Chris Waddle.
L’image de Maradona, sa légende, ses errances, ont quelque chose d’universel. Voilà pourquoi la variété s’en est emparé. Car ce nom revient dans plusieurs chansons. Ils ne sont pas si nombreux ceux qui peuvent s’en vanter. Michel Platini (cf. “Comparer n’est pas raison” posté sur cette page en octobre 2007), Éric Cantona (cf. “Melancholy of Cantona”, juillet 2008) et Diego Armando Maradona.
Il a tes yeux, Maradona/ Et tes cheveux, Maradona/ Quand je le vois, Maradona/ Je sais déjà/ Qu’il sera un champion comme toi” (Maradona) psalmodiait Linda de Souza en 1986 dans une chanson sur l’amour d’une mère pour un gamin qui voulait tant ressembler au numéro 10 argentin. En 1994, alors que le football venait de sombrer dans le monde des affaires, la Mano Negra suppliait: “Berlusconi, Bez et Tapie ont bien compris/ L'heure est aux choux gras.../ Et aux bourreaux des tibias/ Santa Maradona, priez pour moi!” (Santa Maradona, 1994). Douze ans plus tard, le chanteur Riké admettait ne s’être toujours pas remis d’un chef-d’œuvre de Maradona : “ Un ballon qui roule/ […] Mes potes et moi sur un bout d’champ/[…] Je suis le Pibe de oro/ J’prends mon envol à Mexico” (Je vole). Cette chevauchée fantastique où, lors du Mundial Mexicain de 1986, el Diez (un autre de ses surnoms) traversa le terrain pour crucifier les Anglais n’a rien perdu de son pouvoir émotionnel. Un homme, seul, un prestidigitateur, qui mystifie une équipe médusée. Inoubliable. Nul doute qu’en 2020, on chantera encore les exploits de Maradona – quand le nom de Raymond Domenech sera effacé de toutes les mémoires. Pourquoi ? Parce que la vie de Dieguito (encore un surnom) tutoie l’épopée. “Si yo fuera Maradona/ Viviria como el” (La vida tombola, 2007) assure Manu Chao. Tout est dit. Une idole à laquelle on s’identifie. Un homme libre, avec ses contradictions. Un symbole romantique, aux airs de guérillero. Qui inspire le respect aux jeunes du monde entier.
Les surnoms (la Panthère noire pour Eusebio, le Divin chauve pour Di Stéfano, Alegria do povo – joie du peuple – pour Garrincha, le Hollandais volant pour Cruijff, le Kaiser pour Beckenbauer, Mighty mouse pour Keegan, el Matador pour Kempes, le Pelé blanc pour Zico, Platoche pour Platini – le Roi Michel en Italie, Éric the King pour Cantona, JPP pour Papin, Mister George pour Weah, le Maradona des Carpates pour Hagi, le Président pour Laurent Blanc, Zizou pour Zidane, Trezegol pour Trézéguet…) se gagnent à coups d’exploits qui vous valent parfois d’être fêté en chansons. Elles témoignent de la persistance des héros populaires dans l’inconscient collectif. Alors, quel surnom pour Domenech qui ne fasse point d’ombre au Duc Amédée du glorieux XV de France d’antan? Il faudrait interroger Bernard Morlino. À moins que Pierrot de Castelsarrasin n’embouche son mirliton…

Baptiste Vignol

Le blog de Bernard Morlino

Lettre ouverte à Jack Lang, par Vincent Baguian



(Il existe de bien jolies chansons sur l'Arménie. Vincent Baguian a écrit la plus belle, la plus émouvante et la plus universelle: Je suis une tombe. Figurant sur son album CE SOIR C'EST MOI QUI FAIS LA FILLE, il l'interprète en duo avec Diane Minassian.)

"Il suffit de taper « Jack Lang Arménie » sur le net pour voir la vidéo où ce bon Jack Lang met entre guillemets le Génocide Arménien. Bien sûr ça fait froid dans le dos. Mettre des guillemets sur un génocide, Arménien, Rwandais, Juif peu importe, c'est comme cracher sur des charniers avec de jolis mots. Vous êtes un profanateur en costume, Monsieur Lang. Vous reconnaissez les massacres, vous n'ignorez pas que des centaines de milliers d'arméniens, hommes, femmes et enfants (pas des guerriers, la population civile) ont été exterminés en raison de leur nationalité et de leur religion. Cela s'appelle un génocide, tout simplement. Il y a des mots qui ne supportent pas les guillemets. On ne peut pas dire : un barbare entre guillemets, un serial killer entre guillemets, un nazi entre guillemets. Votre rhétorique est trop parfaite pour que vous puissiez l'ignorer. Alors, quel est votre intérêt ? Vous avez été pour beaucoup dans la reconnaissance du génocide Arménien par l'Assemblée Nationale, et ce revirement soudain est étonnant. Mais vous êtes un fin politique, ce qui suppose que vous êtes honnête entre guillemets et droit entre guillemets. On peut imaginer qu'un intérêt supérieur à vos anciennes opinions sera passé par là. Il vous fallait à l'époque les voix des Arméniens, aujourd'hui il vous faut sans doute autre chose. Je ne veux pas savoir quoi, cela doit être écœurant. C'est votre intérêt seul qui gouverne et dicte vos paroles, voilà qui définit bien une crapule, sans guillemets."

Vincent Baguian

Pour écouter Je suis une tombe



Pierrot l'amertume



S’il fallait faire un palmarès de mes chanteurs préférés, je dirais qu’en France il y a cinq grands : Charles Trenet, Tino Rossi, Jacques Brel, Jean Ferrat et Guy Béart. J’insiste sur Guy Béart, car on l’oublie toujours” déclarait Georges Brassens dans VSD en décembre 1979. Pierre Perret ne figurait pas dans ce panthéon-là, celui de son maître à chanter. Il ne l’a pas avalé. Trente ans plus tard, dans “A cappella”, troisième tome de son autobiographie, l’auteur de Lily (une immense chanson, son immense chanson – quand Brassens en compte une trentaine de cette étoffe) réécrit l’histoire en salissant la mémoire du Sétois. À l’image d’un Michel Fugain crachant sur la jeune variété parce que ça l’insupporte de n’être jamais mentionné par ses pointures - quand les Dassin, Delpech ou Adamo recueillent encore bien des suffrages, Pierre Perret s’échine à mener un triste et piètre combat, pour une reconnaissance! Quoi de mieux, pense-t-il, que d’écorner l’image de Tonton Georges (qui pourtant l’hébergea impasse Florimont quand il était sous le sou) pour redorer la sienne, lui l’incompris, le plus mésestimé des chansonniers? Voilà quarante ans, démontre Sophie Delassein dans le Nouvel Observateur, que Pierre Perret s’invente des amitiés, avec Paul Léautaud notamment, chez qui, prétend-il, il aurait vécu quelques mois, alors que Marie Dormoy, exécutaire testamentaire et légataire universel de l’écrivain, a jugé bon de préciser en 1965 : “Depuis l’année 1933 jusqu’à celle de sa mort –1956-, j’ai été en relation presque continuelle avec Paul Léautaud. Jamais je n’ai rencontré Pierre Perret.
En novembre 1963, raconte Perret, la chanson Tord-Boyaux fait un tabac (après vérification, puisqu’il faut semble-t-il tout vérifier des dires de Pierre Perret, c’est en mars 65 que la chanson rencontre le succès, atteignant la 7ème place d’un hit parade dominé par La plus belle pour aller danser de Sylvie Vartan, Nathalie de Bécaud et À présent tu peux t’en aller de Richard Anthony*). Qu’en dit son ami Georges Brassens, dont Perret s’estime aussi digne qu’un fils? Rien. Pas même une félicitation. «C’est comme si je n’avais pas existé. Son ego s’est très mal accommodé de mon succès» assure-t-il aujourd’hui. L’ego de Perret, lui, s’accomode très mal du temps qui passe, et de la place que lui réservent désormais les médias. Blessé de voir Renaud, Le Forestier ou Duteil le devancer dans le peloton des possibles “héritiers” de Brassens, il cherche donc à réduire quelque peu le génie de Brassens en minimisant la capacité qu’aurait son œuvre à susciter de l’intérêt! Dans T’as pas la couleur (2006), ne chantait-il pas, et tout Perret est là: “Georges, mon grand frère [ce souci de la filiation]/ Si […] tu revenais sur terre/ Pour y faire le chanteur/ […] Tu n’donnerais plus souvent/ L’aubade à la radio […]/ Car par malheur, les trois-quarts des stations/ Cultivent l’indifférence pour la bonne chanson”? Façon d'affirmer: si je n’y passe pas, tu n’y passerais pas non plus! Rien n’est moins avéré…
Question: Pierre Perret s’est-il un jour dit que Brassens pouvait tout à fait ne rien penser de ses chansons, aussi simplement que cela? N’étant pas dépourvu de talent (Le café du canal ou Mon p’tit loup sont de fort jolies chansons), il lui faudrait admettre qu’il n’a jamais eu le brio de son aîné, ni même la poésie de ses contemporains Ferrat, Béart ou Moustaki. Ce qui ne l’empêche pas d’être un parolier attachant. Même si, comme le souligne encore Sophie Delassein, certains dans son public seront navrés d’apprendre que Blanche, cette “furie” dont “les cuisses fuyaient comme deux truites vives”, rappelle furieusement La femme adultère de Garcia Lorca, dont les “cuisses s’enfuyaient sous moi comme des truites effrayées”.
Pierre Perret a sans doute de bonnes lectures. Et une fâcheuse tendance à s’approprier le génie des autres.

Baptiste Vignol

*Aucun hit-parade ne mentionne Tord-boyaux avant février 64.