Si tu reviens, j'annule tout

Il y a des sms dont on parle, des photos qui font jaser... et des chansons qui pointent sans crier gare! Ici, Jeanne Cherhal attrape au vol un serment d'amant saccagé par le vent de la rumeur pour en faire, loin de toute polémique, une complainte touchante et néanmoins pleine d'humour. Virtuose d'une expression libre et hardie, Jeanne Cherhal se démarque par sa finesse d'écriture et son imagination. (B. Vignol)


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Noir c'est noir




















Il est presque 17 heures de ce vendredi 1er février. Mettre le contact pour démarrer la voiture c’est simultanément attraper au vol France Culture. La voix d’une chanteuse attaque justement les premières mesures des Feuilles mortes, de Prévert et Kosma. Timbre légèrement voilé, phrasé, léger accent, c’est le charme de Monica Passos qui opère une fois de plus. L’orchestration développe des rythmes syncopés qui rehaussent la musique des couleurs d’un mythique continent afro-américain. Une voix masculine répond à la chanteuse, celle de Archie Shepp, chaude et sensuelle: le texte de la chanson se fait dialogue. Lorsque l’orchestre se tait, le mirage d’un jardin d’Éden est sur le point de subjuguer l’auditeur. Mais le studio reprend ses droits et l’interview se poursuit. « Qu’est-ce que c’est, selon vous, être noir ? » demande l’interviewer au chanteur. Question complexe s’il en est. Archie Shepp, avec sa pointe d’accent américain, ajuste sa sagesse à ce qu’il lui est possible de dire en si peu de temps puisque l’émission tire à sa fin. Et puisqu’il a parlé de l’humanité, reprenant la question comme à mi-voix : « Qu’est-ce que c’est pour moi d’être noir ? », il conclut : « …C’est d’être une petite partie de tout cet organe… » Mais il hésite sur le mot organe et prononce tout d’abord « hurricane » en un lapsus drôle et savoureux dont il est le premier à rire et l’interviewer avec. C’est un moment de radio comme on les aime. 
En contrepoint dramatique, le Nouvel Observateur de la semaine dernière (n°2256) nous apprend dans la rubrique d’Anne Crignon qu’un jeune chorégraphe mozambicain et talentueux a été tué dans la nuit du 22 décembre 2007 par des policiers de son pays en état d’ivresse. Le jeune homme n’était autre que Augusto Cuvilas, primé lors des rencontres chorégraphiques de l’Afrique et de l’océan Indien en 2003. Il venait d’appeler la police parce que des voleurs s’étaient introduits dans sa maison à Maputo, capitale du Mozambique. Les policiers arrivèrent sur les lieux, enfoncèrent la porte, trouvèrent devant eux le jeune homme et tirèrent sur lui à bout portant, « le prenant pour un des voleurs » explique Anne Crignon. 
Cela se passait dans un pays d’Afrique Australe. Augusto Cuvilas était noir. Noir, c’est noir, décidément. « *On le lui fit bien voir ».

Jean-Claude Vignol

*La Fontaine, Les Animaux malades de la peste