N°1 des ventes



Les chanteurs à chapeau, déjà. Ça démarre mal. Gênants jusqu’au dernier étage de leur coquetterie… Qui s'exhibent en marcel ou retroussent les manches de leur blouson histoire d'afficher leurs tatouages… Il faudrait d’ailleurs s’interroger sur cet amour de soi, cette manie fascinante, qu’il gèle ou qu’il vente, de se balader les bras nus ou la chemise ouverte dans le seul espoir de subjuguer le quidam. Comme tous les durs, comme tous les vrais, bref comme tous les tatoués, Julien Doré, semble-t-il, voudrait aussi passer pour un gars farfelu. Alors il montre ses fesses dans le livret de son CD et se chausse de méduses (voir le clip de La Fièvre), ces inévitables sandales supposément «décalées» – l'obsession pathétique du décalisme – qu’il deviendrait encore plus original de porter en short avec des chaussettes. Les clowneries fadasses des vedettes de la variété... Les chanteurs maniérés excitent la curiosité, flattent un goût passager, peuvent accrocher la une des magazines et remplir des Zénith, mais ils n’éveilleront jamais un intérêt durable. En effet, comment parler «musique» au sujet de poseurs pour qui l’image semble être le cœur d’une démarche artistique? Leurs chansons passent après. Et celles qu'ânonne ou soupire Julien Doré sont terriblement affectées, faciles («Nous, on sera fidèles / Comme l’était Castro»), ineptes («La beauté tu sais ça s’use, c’est comme ton premier baiser»), plates («N'attends pas que quelqu'un te dise / Ce que tu dois et ne dois pas»), vides («Nous, nous, nous / Nous on s'en fout de vous / Vous pouvez prendre tout / Tant qu'on est tendres, nous»), ronflantes («On a fait le tour de Verlaine et de Kafka, oh la la») et parfois franchement désolantes («Quel goût a le sexe de ceux que tu fuyais avant?»). Elles font des bulles informes et se dégonflent mollement. Elles trouvent du style à Kilian Mbappé, envoient du lieu commun, agacent avec leurs chœurs d’enfants et navrent quand elles voudraient être imagées («La vie s'étire comme une chaussette / Que je ne porterai qu'une fois»). De la pop climatisée. N’était cette éclaircie, ce vent doux, cette extase quand s’éploie la voix de Clara Luciani. Mais la voix de Clara Luciani sublimerait n’importe quelle foutaise.

Baptiste Vignol