Béart à jamais

Charles Aznavour avait raison, Guy Béart méritait un hommage, un tribute to, un album de reprises de ses plus belles chansons. Alors ses filles, Eve et Emmanuelle, l’ont organisé. Hélas, Aznavour, qui devait chanter Il n’y a plus d’après, est mort quatre jours avant de l’enregistrer. Hélas encore, par conséquent, Sting, Julio Iglesias et quelques autres sommités que la star française voulait joindre pour leur demander de participer au projet manqueront à l’appel... Mais il reste du très beau dans le double CD DE BEART A BEART(S) sorti avant l’été. Poste restante par Raphaël, impressionnante dans sa juste tension. Chanson pour ma vieille par Clara Luciani, vaste et belle dans sa voix. Seine va, cette délicatesse évaporée que Béart avait écrite pour Geneviève Galéa, la mère d’Emmanuelle, et qu’Alain Souchon sillonne avec finesse. Couleurs, vous êtes des larmes, solaire et brûlante par Ismaël Lô. De la lune qui se souvient reprise au millimètre par Maxime Le Forestier. Les Souliers (… dans la neige) qu'interprète Catherine Ringer avec son aplomb de sorcière. Hélas enfin, mais c'est la limite de l'exercice, manquent quelques perles intemporelles: Où vais-je?, Qui suis-je?, Quand on aime, Encore un été, La fille aux yeux mauves, Chandernagor, La maison tranquille… Autant de bijoux qu’auraient remis en lumière Diane Dufresne, Jean-Louis Murat, Jeanne Cherhal, Benjamin Biolay, Isabelle Boulay ou Francis Cabrel, ces voix de caractère… De quoi gommer la participation blême de Vincent Delerm par exemple. L’air assommé, dans un vague bredouillis, il bafouille Bal chez Temporel, et ça fait tache. A-t-il pris la peine d’écouter la version de Patachou dont l’interprétation stylisée rayonne comme un phare? Ou bien encore Il n’y a plus d’après beuglée, sans honte, et scout toujours, par Vianney. A-t-il seulement entendu parler de Juliette Gréco? Au final, un chef-d’œuvre oublié fera l'unanimité: Plus jamais, tango langoureux qu'Emmanuelle Béart exhume avec une tendresse bouleversante. «Plus jamais de rendez-vous d’une heure à peine / Où reposer à tes genoux…» L’hommage d’une femme à fleur de mots.

Baptiste Vignol