Guérillera

Il est cool, le public d’Izïa, qui appelle les flics quand sa chanteuse pète un plomb (le 6 juillet, à Beaulieu-sur-Mer, elle imagina le lynchage d'Emmanuel Macron...). Rock’n’roll, mais rock’n’roll bémol. Bientôt les ligues de vertu s’indigneront de la voir s’agiter sur scène les fesses nues, ou presque. Toutes ces sottises auront remis la jeune femme en lumière. Assez pour qu'en conduisant son caddie (comme l’écrit Philippe Delerm dans « L’extase du selfie »), pour qu’en conduisant un caddie donc (puisqu'un caddie, ça se conduit), l’on soit tenté, chez Leclerc, au hasard des rayonnages, d'attraper, pour voir de quoi il retourne, le dernier disque en date d’Izïa, LA VITESSE (13,99€), dont la pochette, plutôt cheap et grossière, dut effrayer le premier cercle de ses guérilleros lorsqu’il sortit en juin 2022. Qu’en dire? Qu'il vaut mille fois mieux la voir se démener sur un podium qu'écouter cet album. Parce que c’est du gâchis, du gâchis quand on jouit d’une telle voix d'aligner des chansonnettes où les compositions, les arrangements, la production sonnent comme de la variète froide et siliconée uniquement conçue pour se glisser dans l’air du temps. Aucune audace, aucune innovation, aucun pas de côté. Du synthétique en veux-tu en voilà. Si le morceau Mon cœur se démarque quelque peu dans cet aseptique assaut, son refrain rappelle étrangement celui de Respire encore (souvenez-vous, «Il faut qu'ça bouge, il faut qu'ça tremble, il faut qu'ça transpire encore...»), le tube de Clara Luciani sorti un an plus tôt. Seul hic, l’une a la grâce, l’autre l’agresse, desservie par une production qui colle aux basques comme un vieil Hollywood chewing-gum. Probablement la raison pour laquelle ce CD s'est planté. Rien d'offensant dans ce constat : l'époque n'est plus au physique (d'ailleurs, pourquoi s'en fabrique-t-il encore?), ce dont se cogne cette tornade brune qui s'échevelle en spectacle, donne du nerf à son répertoire, offusquant par ses impudences les cafteurs qui souillent son public.

Baptiste Vignol