Trésors Doriand


Le succès populaire paraît être parfois un horizon insaisissable. Prenez Doriand, auteur-compositeur élégant dont l'allure, le timbre de voix et l'inspiration mélodique pourraient rappeler Étienne Daho, sans le vernis toutefois de la pose dandy. Reconnu par sa confrérie, le Girondin - il est né à Libourne en 1972 - accumule depuis une quinzaine d'années des collaborations distinguées. Keren Ann, Iggy Pop, Édith Fambuena, Pauline Croze, Katerine, Jacno, Helena Noguerra... Par ailleurs, plus superficiel, il signe en 2001 le titre Toutes les femmes de ta vie pour le premier girls band créé par la real-TV, le groupe L5. C'est le jackpot. N°1 du Top et 1,5 millions d'albums vendus. Il récidive pour d'autres champions de M6, Julien Doré (Les bords de mer se classe à la huitième place du hit parade en 2008) et Camelia Jordana (Non, non, non (écouter Barbara) troisième en 2009). Puis il écrit Elle me dit avec Mika. N°1 en 2011. Une machine à tubes.
En parallèle, depuis CONTACT (1996), le chanteur Doriand a enregistré quatre disques soignés. Le plus récent, LIEU-DIT (2011), est un recueil rétrospectif (Ici), épicurien (In vino veritas), contemplatif (La belle endormie sur Bordeaux) et paternel (Papapa) dans lequel bien des quadras pourraient se reconnaître. L'air pur de ses chansons, qui suggère l'univers des choses les plus intimes de Nino Ferrer et de Françoise Hardy pendant les années 70, est troublé de constats légèrement acides («Il manque toujours un peu d'un truc, hein!») qui sont aussi la marque de leur cachet. 
L'album est passé comme un nuage blanc dans le ciel. Dix-huit mois après sa sortie, le chanteur en propose néanmoins un nouvel extrait savoureux : La recette du clafoutis parfait (ici, le clip). Chanson d'été, rimes faussement légères d'un interprète méconnu, peut-être trop naturel pour exciter les radios, mais qui, lorsqu'il compose pour les autres, possède, et c'est rare, le secret du succès.

Baptiste Vignol